"MA CONVICTION"

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Catégorie YAYI A L'EPREUVE DU POUVOIR

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YAYI BONI

13 mai 2007 - In JEUNE AFRIQUE-La sincérité du personnage ne peut être remise en cause. Sa volonté de bien faire, non plus. « J’ai toujours eu une folle envie d’aider et de servir ma nation », assurait, avec franchise, Boni Yayi juste après l’annonce des résultats de l’élection présidentielle du 19 mars 2006. Mais plus d’un an après son arrivée à la tête de l’État béninois, il peine à trouver son rythme et à imposer sa méthode de travail. La victoire obtenue haut la main, au second tour, avec près de 75 % des voix, s’apparentait à un plébiscite. Les promesses de « changement » proclamées avec conviction durant la campagne soulevaient l’enthousiasme des Béninois. Mais aujourd’hui, une dose de scepticisme commence à poindre.

Parti en première ligne pour les élections législatives du 31 mars dernier, le chef de l’État visait la majorité absolue. Finalement, avec 25 % des suffrages, seuls trente-cinq députés, sur quatre-vingt-trois sièges, ont été élus sous son nom. Si l’homme demeure populaire, l’absence de résultats tangibles commence à inquiéter. Après avoir dirigé pendant onze ans la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), cet économiste de formation rencontre quelques difficultés à dompter la classe politique béninoise et à s’entourer de collaborateurs chevronnés. « Il faut dire aussi qu’il hérite d’une situation extrêmement difficile », tempère un observateur.

Un combat acharné contre la corruption et la criminalité

Le ralentissement économique, la détérioration des conditions de vie, l’affairisme dans les sphères du pouvoir et le discrédit de la classe dirigeante tout au long du règne de l’ex-président Mathieu Kérékou ont durablement marqué l’ancien Dahomey. Face à un tel défi, Boni Yayi s’est voulu le chantre d’un « Bénin nouveau » dirigé par une génération « d’hommes propres et compétents ». Après de brillantes études en économie et un parcours professionnel sans fautes, le natif de Tchaourou, dans le centre du pays, avait de quoi séduire. « Un pied au Nord, un autre au Sud » ; de père nago et de mère bariba, il pouvait incarner l’unité du pays. La sympathie affichée de l’homme et le contenu du discours tranchaient avec les réflexes des barons de la politique souvent attachés à un bastion électoral, voire à un clan. Son unique expérience publique comme conseiller économique du président Nicéphore Soglo, au début des années 1990, au terme du processus démocratique, constituait enfin un atout supplémentaire. « C’était un bon produit à vendre », se souvient l’un de ses partisans qui s’est démené auprès des médias pour faire gagner son candidat. Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux slogans, mais à la réalité du pouvoir, avec comme principal cheval de bataille la lutte contre la corruption.

« Je suis prêt à mourir pour la bonne gouvernance », assure le chef de l’État, qui se considère « en mission » pour déloger ce que certains de ses proches n’hésitent pas à dénommer « la mafia ». L’attaque de son cortège dans le nord du pays, le 15 mars, a de quoi convaincre ceux qui doutaient encore des risques de l’audace présidentielle. Les audits de l’administration et des ministères publiés en décembre dernier sont légitimement brandis pour prouver la réalité de cette démarche. Un total de 23 milliards de F CFA (35 millions d’euros) de dépenses non justifiées a été recensé. Et pourtant, à ce jour, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée. « Le risque politique était trop gros, si on ouvrait la boîte de Pandore, tout le monde y serait passé », affirme l’un des conseillers à la présidence.

À défaut d’une vaste campagne d’assainissement, le nouveau locataire du palais de la Marina a préféré choisir ses cibles et viser l’un des symboles de l’ancien régime. En juin 2006, l’ex-patron de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop), Séfou Fagbohoun, accusé de malversations, a été interpellé puis incarcéré à la prison de Cotonou. Problème, il n’a toujours pas été jugé. Pis, il a été élu député avec deux autres personnes, elles aussi dans le collimateur du nouvel exécutif. Le maire de Parakou, Rachidi Gbadamassi, soupçonné d’être impliqué dans le meurtre d’un magistrat, et l’homme d’affaires Issa Salifou peuvent à présent compter sur leur immunité parlementaire. « La tâche est compliquée », reconnaît-on à la présidence. « Cette législature sera de transition, l’essentiel est de remettre la machine en route et de rompre avec les habitudes du passé », ajoute-t-on.

Des réponses rapides face ?à la gravité de la situation

Quelques jours après la rentrée scolaire en septembre 2006, Yayi annonce la gratuité de l’école. Dans un pays où 70 % des 7 millions d’habitants vivent dans la pauvreté et où le taux d’alphabétisation est de 35 %, cette mesure est, à première vue, opportune, mais sa mise en œuvre chaotique. Bon nombre de parents avaient déjà versé les frais d’inscription. Quant aux enseignants, ils rencontrent les pires difficultés dans leur travail après avoir perdu une partie de leurs ressources financières. Quelques semaines avant les législatives, le chef de l’État lance un ambitieux programme de microfinance en distribuant, sans intérêt, 6 milliards de F CFA à 200 000 personnes. Au risque de fragiliser l’activité du microcrédit, en plein essor au Bénin. « Derrière les bonnes intentions, ces décisions à l’emporte-pièce ont un caractère populiste dangereux », estime un fonctionnaire international en poste à Cotonou. « Yayi veut plaire, il est très sensible à son image et ne résiste pas à la pression de la rue », admet l’un de ses proches.

Afin de relancer la production cotonnière, le président est allé à la rencontre des paysans. Finalement, la récolte n’a pas dépassé, durant la campagne 2006-2007, les 250 000 tonnes contre les 500 000 escomptées, et l’avenir de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra) est toujours aussi incertain. L’homme d’affaires Patrice Talon, qui possède des usines d’égrenage et passe pour avoir été l’un des financiers du candidat Yayi, était cité comme un repreneur éventuel. Mais rien ne bouge sur ce front. L’interconnexion électrique avec le Nigeria a été inaugurée en grande pompe, en février dernier, mais les délestages n’ont jamais été aussi fréquents. Dans le secteur de la téléphonie mobile, la plupart des licences font l’objet d’une renégociation au profit de l’État, mais, dans l’attente d’un compromis avec les opérateurs privés, les lignes sont saturées et les tarifs ont augmenté. Autre dossier en suspens : la dette intérieure, estimée à 55 milliards de F CFA. « Tout cela est brouillon et désordonné. On a du mal à voir la stratégie pour redresser l’économie du pays », s’inquiète un banquier de la place. « Il y a certainement un problème de méthode, mais Boni Yayi envoie des signaux à la population sur sa volonté de changer le pays », tempère Roger Gbégnonvi, professeur d’université et éditorialiste de renom. Encore faut-il pouvoir dépasser le stade de l’intention et travailler avec le personnel politique dans un climat apaisé. Or, sur ce terrain, rien n’est gagné.

Des relations tumultueuses avec la classe politique

La campagne des législatives a cristallisé le contentieux entre un chef de l’État novateur et « les vieux crocodiles » emmenés par la famille Soglo, Bruno Amoussou, ancien ministre d’État de Kérékou, et Adrien Houngbédji, candidat malheureux à la dernière présidentielle. Entre eux, l’ambiance est délétère, l’absence de confiance totale. Le président les accuse d’avoir conduit le pays à la ruine en privilégiant systématiquement les petits arrangements aux grandes réformes. Ses détracteurs le soupçonnent de vouloir contourner les corps intermédiaires sous prétexte de « corriger la démocratie ». La dérive autoritaire et la personnalisation du pouvoir sont les principales attaques lancées pour tenter de déboulonner la statue. « Je ne connais aucun pays qui se développe sans un minimum de fermeté », réplique l’intéressé, qui a bien du mal, toutefois, à masquer son exaspération devant les mauvaises habitudes du personnel politique jugé, en privé, corrompu et incapable. « Pour durer, il va devoir composer », explique malgré tout l’un de ses soutiens, qui admet que la phase d’apprentissage est périlleuse. Il suffit d’évoquer la composition du premier gouvernement pour s’en convaincre.

Après les accords passés pour le second tour qui l’ont conduit à la victoire, Boni Yayi demande à ses alliés de circonstance de lui soumettre une liste de personnes pouvant composer le gouvernement. Force est de constater que dans la plupart des cas les propositions n’ont pas été à la hauteur des espérances. Résultat, le président, sans relais fiables, n’a laissé aucune marge de manœuvre à un gouvernement composé de simples exécutants réduits à prendre des notes durant d’interminables Conseils des ministres. Le chef veut tout contrôler, tout centraliser, au risque de provoquer un engorgement dans ses services. Le seul à avoir vraiment su préserver son autonomie est le ministre du Développement, de l’Économie et des Finances, Pascal Irénée Koupaki. Afin de solder cette période de blocage, Boni Yayi a mené la campagne des législatives pour imposer de nouveaux visages. Il a lui-même constitué les listes régionales battant pavillon « Force cauris pour un Bénin émergent » (FCBE). Le pari était risqué, mais il a été en partie gagné. Rien n’empêche aujourd’hui cette mouvance présidentielle de se transformer en véritable parti politique qui pourra sans peine rameuter quelques députés isolés et constituer une majorité absolue.

Un entourage dominé ?par les évangélistes

Plus d’une vingtaine de conseillers et une bonne quinzaine de chargés de mission, le chef de l’État aime être entouré et reçoit aisément les visiteurs du soir à son domicile. L’homme est affable. « Quand la discussion lui plaît, il est impossible de l’arrêter, confie l’un de ses conseillers. Il écoute les avis de chacun, mais son attention est très relative. Cela dépend des circonstances, des besoins, et il aime surtout être flatté. » Un autre de préciser : « Il a mis en place plusieurs cercles qui s’ignorent et qui se jalousent. » Résultat : en moins d’un an, les intrigues de palais et le phénomène de cour ont pris le dessus sur l’exigence d’efficacité. Dans les couloirs de la présidence, on reconnaît même des dysfonctionnements hiérarchiques. La mort dans un accident de voiture du premier directeur de cabinet, Ahamed Issifou Akobi, trois semaines seulement après l’investiture du patron, a été un lourd handicap. « Il faut remettre de l’ordre et chercher des hommes valables », admet un chargé de mission, sous couvert d’anonymat, qui regrette la mainmise des évangélistes.

De fait, ces derniers disposent d’un accès facilité à la présidence. Beaucoup d’entre eux ont fini par s’imposer à des postes clés. « Les critères de recrutement au palais sont claniques, familiaux et religieux », dénonce avec virulence Marcel Béria, ancien présentateur vedette de la télévision nationale, qui a préféré prendre du champ, anticipant sur « l’incapacité du nouveau régime à se remettre en question ». Yayi n’a jamais fait mystère de son appartenance à l’Église évangélique. Ses convictions religieuses sont même brandies avec une bonne dose de prosélytisme et laissent parfois apparaître, au détour d’une phrase, une approche divine du pouvoir teintée de messianisme. « Entre Dieu et le Bénin, il y a moi », a-t-il osé récemment. Dans un pays de culture vaudoue au syncrétisme harmonieux mais fragile, où vivent en bonne intelligence chrétiens, musulmans et animistes, cette posture pourrait à terme menacer l’un des fondements de l’unité nationale. Sans doute conscient de ce péril, l’intéressé, de parents musulmans et élevé par un oncle protestant, a tenu à clarifier ses propos en se présentant seulement comme l’homme « du recours », dont le seul but est d’améliorer le sort de ses compatriotes. Il n’empêche, « cette ostentation pourrait finir par gêner la hiérarchie ecclésiastique très influente », estime Gbégnonvi. Le nouveau président a décidément encore beaucoup de choses à apprendre pour véritablement endosser le costume dû à son rang. Il lui reste quatre ans, avant le terme de son premier mandat, pour ne pas décevoir.


Posté le 25/07/2007 | 336 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

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