"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

La paix !

La guerre civile, parlons-en !!!

mercredi 21 janvier 2009

Arimi CHOUBADE

 

 

Très spirituel mon ami Sulpice Oscar Gbaguidi. Sa peur à l’usage de l’expression « guerre civile » au sein de l’hémicycle me fait découvrir une autre facette de cet érudit de la « stars-parade » sur Canal 3 Tv. Vestige sans doute de son long séjour dans la cité des rois à Abomey-Bohicon : au pays du vaudou, du tchacatou (missile mystique) et des incantations les mots ont leur sens. La simple évocation d’un malheur dans un lieu aussi solennel que le parlement pourrait attirer la fatalité sur le Bénin à en croire la démonstration sur fond d’exorcisme de Sulpice. Je ne crois malheureusement pas avoir vu mon ami et confrère aussi préoccupé lorsque Yayi Boni, le premier, s’est offert de verser son sang devant des étudiants interloqués.

Des mois que la plupart des productions de médias empruntent un ton volontairement alarmiste : « Démocratie en danger » ; « violation massive de la Constitution » ; « menace sur la paix » ; « non respect de la laïcité de l’Etat ». Le docteur-président en rajoute lui-même en se comparant comme un général au front dont les munitions sont terminées. Et l’argentier national d’enfoncer le clou : « les caisses de l’Etat sont exsangues ». L’exorciste-maison de Canal 3 s’accoutume logiquement de ces euphémismes quotidiennement relayés par la presse. Tous les rapports de diplomates et de fonctionnaires internationaux s’émeuvent du délitement de la gouvernance publique au Bénin depuis avril 2006. L’interdit semble exclusivement réservé aux honorables députés. Soit.

Que dire du poids des symboles sur nos us et coutumes lorsque les hommes de Yayi font constamment référence aux « patriotes », « apatrides », « ennemis du peuple », « complot international » ? Un jargon inspiré d’un pays frère dont le nom rimait encore il y a peu avec « paix ». La Côte d’Ivoire de Houphouët se faisait comparé à un havre de stabilité et de tranquillité dans un océan de pays malades. Personne n’y parlait de guerre civile, de coups d’Etat, d’escadron de la mort ou de « patriotes ». L’aseptisation langagière ne les a pas sauvé de la catastrophe.

Les actes susceptibles de tout chambouler dans le pays se constatent tous les jours sans que leurs auteurs n’aient été conditionnés par des déclarations présumées incendiaires d’opposants trop pressés. Les yayistes n’ont pas besoin du lyrisme va-t-en-guerre de députés pour faire entrer en campagne électorale des soldats pour le compte du regroupement politique du chef de l’Etat ou transporter du matériel électoral ou brutaliser des élus locaux hostiles au camp gouvernemental. Et pourquoi ne pas parler des conséquences des déviances hérétiques du pouvoir ? Certains évangélistes très en vogue sous le Changement n’apprécieraient d’ailleurs pas les recettes de l’exorcisme par le silence et la condescendance, et préféreraient que l’on scande vertement le nom du mal afin de l’extirper de la société ou de l’être possédé. À chacun ses recettes de conjuration du mauvais sort.

On ne saurait réduire le sort du Bénin à ce que les uns et les autres disent ou ne disent pas. C’est la constitution qui confère au chef de l’Etat de conduire la politique de la nation. Il dépend donc en grande partie de lui que les différents courants en présence ne se détestent pas au point de vouloir en venir aux armes. Les cases qui s’enflamment à Glazoué, les concurrents politiques que l’on retrouve mort à Avrankou et à Kétou, des populations qui s’entredéchirent à Tanguiéta, tout cela après des visites électoralistes du chef de l’Etat ramène le pays vers la guerre civile que les avertissements de quelques parlementaires désabusés par les ruses et les grossières manipulations du régime.

Du péril, il vaut mieux en parler maintenant, sinon après ? Il est tard...



23/01/2009
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