"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Présidentielles de 2011 :

Les chances des « G » ET « F »

jeudi 22 janvier 2009, par www.grandjournal.info

 

Ismaël KAFFO

Essayiste

Le séminaire d'Abomey-Bohicon n'a pas encore livré tous ses dessous et les populations s'interrogent au quotidien sur ses implications dans la vie politique nationale. Que vont en faire les protagonistes de l'événement ? Quelles réactions le président de la République peut-il avoir par rapport à cela ? Telles sont les questions qui brûlent actuellement les lèvres de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à l'actualité politique de notre pays.

Le cataclysme politique produit par le scrutin présidentiel de mars 2006 avait dépouillé les deux plus grandes formations de l'arène politique. Il s'agit du Fard-Alafia et de la Renaissance du Bénin. Depuis lors, aucune manifestation politique ne permet d'entrevoir que la première se préoccupe de sa reconstitution. Il est alors loisible de penser qu'elle a accepté de se laisser éclater dans les alliances FCBE et G13. En effet, elle n'a pas daigné présenter la moindre liste sous son label au dernier scrutin post Yayi.

Quant à la RB, elle se déploie suffisamment pour ne pas faire figure de parti politique du passé. Pour compter sur l'échiquier politique, elle dispose de deux alternatives : soit faire corps avec l'alliance forgée par le président de la République, ce qui est très tentant pour elle étant donné qu'elle a été laminée par dix années d'opposition ; ou bien nouer une alliance avec d'autres formations moins érodées par le cataclysme induit par l'élection de Boni Yayi. La première hypothèse semble bien périlleuse pour la formation de Rosine Vieyra-Soglo étant donné que le président de la République s'est lancé à corps perdu dans la déconstruction des formations traditionnelles. Aussi la portion congrue à laquelle le dernier scrutin présidentiel l'a réduite la prédispose-t-elle à une phagocytose pure et simple. De toutes les façons, même si la RB en avait envie, il est clair que Boni Yayi n'a pas facilité la tâche à ses dirigeants. On se rappelle encore les polémiques qui ont accompagné l'entrée contestée, dans le premier gouvernement au nom de la RB du ministre Abraham Zinzindohoué. Après le court séjour de ce dernier dans l'exécutif et jusqu'à présent, Yayi n'a pas cru devoir proposer sincèrement un autre portefeuille ministériel à la RB, les coups bas sont quasi quotidiens.

La consolidation et même l'extension de l'alliance nouée déjà lors de la présidentielle s'imposent donc à la Renaissance du Bénin comme un devoir. Cette tentative d'extension vers la formation de Maître Adrien Houngbédji n'avait pas fonctionné lors des dernières élections législatives étant donné que les conditions formulées pour une liste commune confineraient le PRD à six députés au plus. A l'issue de cette consultation, le PRD a démontré qu'elle est la formation ayant perdu le moins de plumes suite à l'accession de Boni Yayi à la Présidence de la République. Un groupe de treize députés issus de différentes formations politiques avaient résisté à la tentative du pouvoir de les fondre dans la liste présidentielle. Suite à une convention d'accords de gouvernement et de législature, ce groupe a décidé de concéder la majorité parlementaire au président de la République et ainsi de lui laisser former le bureau de l'Assemblée à sa guise.

Huit mois après, cette convention d'accords de gouvernement et de législature a clairement montré ses limites. Le groupe des treize députés rendait alors public, le 8 janvier 2008, un mémorandum qui fustigeait le non respect des accords qui les liaient au chef de l'Etat, puis dénonçait les entraves à la démocratie auxquelles la gestion du pouvoir menait. Les différentes péripéties qui ont émaillé la dernière consultation électorale et qui ont mis en exergue la mauvaise foi du pouvoir ont permis à la Renaissance du Bénin de reprendre du poil de la bête, ce qui lui a valu de conforter ses positions notamment à Cotonou. Elles ont également confirmé le groupe des treize comme une force politique capable de tenir la dragée haute au chef de l'Etat. Près d'un an après, nous ne sommes toujours pas sortis desdites élections, ce qui est une première dans les annales politiques du pays, peut être même en Afrique.

Les dérives dictatoriales, la mauvaise gouvernance et autres manœuvres politiciennes qui ne cachent pas l'intention du pouvoir de rectifier notre démocratie ne peuvent pas ne pas remuer ceux-là qui se battent depuis la Conférence nationale pour promouvoir la démocratie au Bénin. Les personnalités politiques que les thuriféraires du Yayisme avaient convenu de reléguer au rang de vieille garde ont alors décidé de se lever comme un seul homme pour mettre Boni Yayi en garde des risques que la gestion qu'il fait des affaires du pays fait encourir à notre jeune démocratie.

Cela a suscité la sortie politique, au stade de l'amitié de Kouhounou, le 12 mars 2008, du groupe politique formé par la RB, le PSD, le MADEP et le PRD. Ce groupe politique dénommé G4 a fait une déclaration dont le contenu confirme, précise et étend la plupart des récriminations formulées dans le mémorandum du G13.

Le blocage délibéré et abusif des activités parlementaires et le refus obstiné d'installer toutes les communes conformément à la Loi avaient servi de toile de fond pour les groupes G4 et G13 puis le parti Force Clé à faire une déclaration commune le 26 juin 2008 pour, une fois encore, attirer l'attention de l'opinion publique nationale et internationale sur le fait que la situation politique, sociale et économique du pays résulte d'une politique de fuite en avant, de manipulations opaques des deniers publics et d'exclusion politique sur fond de régionalisme que conduit le président de la République. Pendant cette période, la tension politique était à son paroxysme puisque l'on parlait, et pour la première fois dans l'histoire politique de notre pays, de la destitution du président de l'Assemblée nationale et de la comparution du président de la République devant la Haute cour de justice pour parjure.

Le 30 août 2008, lors de son université d'été tenue à Ouidah, l'Alliance G13 avait dénoncé les problèmes économiques que connaît le pays notamment la crise alimentaire et son corollaire qu'est la vie chère, la situation politique faite de contradictions multiples et de dysfonctionnements majeurs ainsi que la léthargie qui s'empare de plus en plus des institutions républicaines. Elle a décrété que les conditions de leur participation conséquente au gouvernement sont loin d'être réunies.

Egalement, suite à l'audience à laquelle le président de la république les avait conviés, le vendredi 29 août 2008, les alliances G13, G4 et le parti Force Clé ont à nouveau fustigé la violation de la loi par le président de la République en refusant d'installer toutes les communes, puis ils déclinent l'offre faite par ce dernier de leur offrir des portefeuilles ministériels.

L'initiative de conciliation du président de la République avec les alliances G13, G4 et du parti Force Clé n'ayant pas été concluante, il décide alors de procéder à des débauchages individuels. C'est ainsi qu'à la publication de la liste du gouvernement le 22 octobre 2007, on a noté la nomination de deux députés du G13 et de deux responsables politiques du MADEP. Le G13 tiendra le lendemain une réunion de crise pour dénoncer la corruption parlementaire comme la seule arme de négociation du président de la République. En conséquence, ils déclinent l'offre d'entrer au Gouvernement faite par ce dernier aux deux députés de leur rang. Un sévère camouflet pour le président de la République ! Le président du MADEP annoncera que la participation de deux de ses partisans relève des démarches personnelles.

Cette séquence d'événements d'une gravité exceptionnelle enregistrés sur la scène politique depuis plus d'un an prouve, s'il en était besoin, la détermination des forces politiques dénommées alliance G et F. Autant la déclaration du 12 mars 2008 ne portait aucune marque de la volonté des forces politiques signataires d'en découdre avec le président de la République, autant la manifestation des 28 et 29 novembre à Abomey et Bohicon constitue une véritable déclaration de guerre. La sagesse qui a présidé à la démarche des personnalités politiques qui en ont plusieurs fois appelé à la responsabilité de ce dernier pour corriger le tir s'est commuée en une rage ; celle de sortir les Béninois de la trappe de ceux que l'honorable Rachidi Gbadamassi a appelés des adolescents politiques qui mènent les affaires du pays à vau l'eau.

Le mépris dont les responsables taxés de vieille garde politique par le nouveau pouvoir font l'objet depuis plus d'un an ne les autorise certainement pas à lâcher prise.

On lit clairement dans les différents propos et attitudes tenus et affichés ici et là qu'ils considèrent que le président de la République a poussé le bouchon un peu trop loin. Leur détermination a été soumise à rude épreuve par différentes tentatives souterraines. La crispation politique observée au niveau du parlement est symptomatique du climat délétère qui sévit au sein de la classe politique au point que les populations se demandent si elles ne se sont pas trompées en mars 2006. J'en veux pour preuve l'inquiétude manifestée par l'organe de presse "La Citadelle expresse" qui se réclame d'être l'organe de promotion du changement dans l'une de ses parutions en se demandant "où sont passés les millions de Béninoises et de Béninois qui ont déjà goûté et continuent de goûté aux délicieux fruits du changement ?"

En tout cas, il est difficile de ne pas penser aujourd'hui que les acteurs de l'alliance dite Wloguèdè qui avaient déterminé le sens du vote de plus de la moitié des suffrages décisifs portés sur Boni Yayi expriment qu'ils avaient lâché la proie pour l'ombre en mars 2006. Après moins d'un an de gouvernement, la personnalité politique reconnue comme étant l'une des plus farouchement opposées au général Mathieu Kérékou avait déclaré que Boni Yayi leur faisait déjà regretter ce dernier. Mathieu Kérékou dont une partie de l'opinion pense qu'il avait favorisé l'élection de Boni Yayi aurait salué la prouesse de ce dernier en disant qu'il aura réussi, en un an, à mettre ensemble ceux que lui-même avait mis dix ans à diviser.

La problématique du maintien de cette épée de Damoclès au dessus de la tête de Boni Yayi est actuellement le principal enjeu des acteurs de la vie politique béninoise.

Il est certain que la principale préoccupation du président de la République est de trouver les moyens de déstabiliser ce bloc politique.

La prise du décret d'application de loi sur le statut de l'opposition participe de cette démarche. La convocation de son fameux forum de dialogue politique convoqué presque aux mêmes dates que le séminaire programmé depuis longtemps d'Abomey-Bohicon est un test soit de la détermination de ses acteurs ou de la crainte du chef de l'Etat par chacun de ceux-ci. En somme, cet événement peut s'apparente à une tentative de coup de force. Je salue la clairvoyance des protagonistes de ce bloc pour le fait qu'ils ne se sont pas laissé distraire par ce jeu qui frise la provocation. Ledit forum est depuis reporté sine die.

Des déclarations publiées et des confidences de certains des acteurs de ce bloc, l'opinion semble progressivement se convaincre de leur détermination.

Il ne peut en être autrement parce qu'il est évident que le président de la République, toujours sur la brèche, ne manquera pas d'exploiter la moindre fissuration au sein dudit bloc aux fins de le faire voler en éclats. Le président Bruno Amoussou avait été très clair dans sa mise en garde à ces collègues à Bohicon. " Nous portons en nous-mêmes les germes du mal que nous reprochons ensemble à Boni Yayi ", avait-il déclaré en substance. Des dispositions et engagements sont pris par les protagonistes pour poursuivre le travail qui a consacré le séminaire d'Abomey-Bohicon afin de proposer aux Béninois une alternative politique fiable et crédible. Et c'est ainsi que cela doit se passer, avait martelé le président Bruno Amoussou.Des péripéties ne manqueront pas qui pourront être interprétées comme des signes d'affaissement. C'est le cas du quitus donné récemment à Boni Yayi en faisant passer comme lettre à la poste le vote du budget général exercice 2009.

Mais il est clair dans la tête de chacun que si le bloc des " G " et " F " venait à se disloquer, ce serait le grand boulevard pour Boni Yayi vers le second mandat. Il est encore plus clair dans la tête de chacun que ce dernier deviendrait encore plus fort et il ne ménagerait alors rien pour tenter de mettre un terme à la carrière politique de ceux qui se seraient délibérément placés, un moment, en travers de son chemin. Cette espèce d'épée de Damoclès devra forger la caution solidaire qui cimentera progressivement ce bloc politique pour devenir un gros morceau au travers de la gorge de Boni Yayi. L'effondrement du bloc politique des " G " et " F " renforcerait le président de la République car il confirmerait l'incohérence et l'incapacité de ses protagonistes à préserver fermement les acquis de notre démocratie et à défendre dans un esprit d'abnégation les intérêts de la nation. Quelle que soient la nature des actes politiques posés par les uns et qui pourraient susciter le mécontentement des autres au sein du bloc des " G " et " F ", la cassure sera mise à l'actif de Boni Yayi. Les Béninois aiment les exploits et les héros, et c'est cela, entre autres, qui explique le fait que Boni Yayi a bénéficié d'un état de grâce qui a été exceptionnellement long. Si le boulevard évoqué plus haut venait à lui être tracé, cela le rendrait plus fort et il n'éprouverait la moindre difficulté à régler des comptes à chacun des animateurs du bloc.

Il ne me reste qu'à en appeler à la responsabilité de tous ceux qui ne souhaitent pas la rectification fallacieuse de notre démocratie. 2011 est un rendez-vous très important à ce sujet. Il s'agira cette fois-ci du couplage de deux élections majeures. Elles ne se gagneront pas seulement par des conciliabules et des démonstrations publiques de forces intellectuelles. Il est nécessaire de labourer le pays profond, de communiquer abondamment sur ce qui fonde le projet politique dont on est porteur. Pour cela il serait très dangereux de se laisser aller à des considérations superficielles pour les confections des listes pour les élections législatives et oublier l'essentiel, c'est-à-dire l'objectif proclamé à Bohicon : gagner et ensemble. Il est également nécessaire de ne pas se laisser abuser dans la confection des différents outils nécessaires à la réalisation d'élections transparentes, en l'occurrence la LEPI puis de mettre désormais un sérieux dans la formation des agents électoraux.

C'est peut être le prix à payer pour retrouver les voies d'une démocratie apaisée, respectueuse de toutes les forces politiques ; c'est peut être le chemin idéal pour retrouver une gouvernance plus réfléchie, moins précipitée ; c'est peut être le prix à payer pour consolider l'unité nationale du pays.

 



23/01/2009
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