"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Justice EMERGENTE

Confiance en la justice…

17 décembre

Arimi CHOUBADE

C’est de la part d’un ancien procureur de la République que les Béninois ont appris qu’il y a eu des miracles à la Cour constitutionnelle : « La Cour des miracles ». À la cérémonie de clôture du séminaire d’Abomey-Bohicon, un autre ancien magistrat, célèbre avocat et peut-être bientôt premier magistrat du Bénin ne s’est pas privé de s’étonner que le secret de l’isoloir ait remplacé le secret des délibérations à la Cour suprême dans le cadre de l’apurement du contentieux électoral des municipales 2008. Sans que ces derniers n’appellent à une remise en cause de la légalité républicaine. Moralité, c’est qu’au Bénin il faut apprendre à faire la différence entre le juge et la justice. Pour rappeler le tiraillement que subit en permanence le cadre administratif entre l’honnêteté intellectuelle et l’attachement au poste.

L’acharnement judiciaire à l’encontre de militants Rb pour une affaire de vol de carte d’électeurs en avril 2008 n’est pas le fruit d’une invention de chroniqueur. On n’oubliera pas de sitôt cette ubuesque proclamation du procureur général sur les antennes de la télévision nationale sur la constitution des faits reprochés au mis en cause à une étape où le secret de l’instruction devrait être sauvegardé. Ce zèle du procureur général, sous ordre du ministre de la Justice donc du gouvernement n’a pas empêché le juge du siège, inamovible celui-là, de conclure à un non lieu, malgré les acrobaties de la requalification des faits. Un scénario qui confirme bien que l’indépendance de la justice n’échappe pas au syndrome de l’attachement au poste qui frappe tout l’appareil administratif sous ordre.

Cette dualité comportementale entre juges soumis à la bride de l’exécutif d’une part et les autres d’autre part confère à la notion de « confiance en la justice » une consonance bizarre. Et les Porto-noviens ont certainement eu la bonne inspiration de s’émouvoir de l’enlèvement et de la déportation de Barthélemy Godonou. La confiance en la justice a coûté aux populations d’Adja-Ouèrè de rester sevrer de leur icône, El Hadj Séfou Fagbohoun embastillé durant près de deux ans. Deux années de privation, d’humiliation et de persécution gratuites. Le directeur de cabinet du chef de l’Etat considéré comme le cerveau de toute l’opération demeure en poste penaud. Les populations d’Adja-Ouèrè ont dû braver toutes ses épreuves au risque de créer la sensation en élisant pour la première fois au Bénin un pensionnaire de la prison civile de Cotonou comme député.

On connaît la conception des émergents sur le rôle de la justice : un instrument, pas plus. Un appareil que l’on peut mettre en branle toutes les fois où on peut assouvir la soif de dominance du pouvoir. Des rumeurs du décès d’un coordonnateur local de Fcbe, regroupement politique du chef de l’Etat suffit largement pour frapper. Tout comme des membres de la Cena 2008 et de ses démembrements ont été déférés juste parce qu’un représentant Fcbe d’un démembrement de la Cena les accuse d’avoir volé des cartes d’électeur lors d’une conférence de presse. Par contre, personne n’a vu un juge bouger lorsqu’à travers une minutieuse investigation, consignée dans un ouvrage de très belle facture, Scandales sous Yayi, mon confrère Wilfried Houngbédji étale des faits constitutifs de détournement, de corruption et de prévarication imputé à un conseiller du chef de l’Etat. Malheur à Edgar Guidibi s’il était G4, G13 ou Force Clé. De la même manière que des personnes accusées de détournement, en conseil des ministres s’il vous plait, se retrouvent tranquillement élus députés sur la liste de candidatures soutenue par le président de la République aux législatives de 2007. Le Changement sait protéger ses gars quoi qu’ils aient fait aux deniers publics.

Justice émergente…

 



17/12/2008
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