"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

LETTRE OUVERTE DE OLYMPE BELLY QUENUM

À MONSIEUR THOMAS BONI YAYI, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU BÉNIN.



« To o do gbi gbà wè » ; il y eut un petit silence et il ajouta d’une voix très fatiguée : « To o gbà … Olympe, je te connais, je sais que tu ne baisseras jamais les bras. »

 

Cardinal Bernardin GANTIN.

 

Monsieur le président de la République,

 

Le 30 Décembre 2006, je vous ai adressé une lettre avec accusé de réception, non pas pour solliciter une reconnaissance pour en avoir appelé au peuple béninois à voter massivement pour le candidat Boni Yayi, mais pour demander à cet homme démocratiquement élu président de la République, la réparation de l’injustice dont un de mes livres avait été victime de l’arbitraire d’un ex-ministre. L’usage que vous avez fait de cette lettre dénotait votre mépris pour l’homme que je suis ; la réponse reçue plus tard de la part de Monsieur Edouard A.OUIN-OURO. était une fin de non recevoir ; l’intervention que je n’avais jamais sollicitée du ministre d’État Issifou KOGUI N’DOURO est restée sans suite ; j’en ai pris acte en tirant un trait : face à tout mépris, l’indifférence dans mes tréfonds est un roc inébranlable ; c’est dire que, ne vous connaissant pas, ne vous ayant jamais vu en chair et en os, jusqu’à la fin de mes jours, il n’y aura pas la moindre occasion de rencontre entre vous et moi ; mais croyez-moi car je n’ai qu’une parole : homme sans haine, ni rancune, je ne vous en veux pas : c’est cela mon indifférence.

 

Dans La Croix du Bénin du 15 août 2008 figuraient les propos du très regretté Cardinal en exergue de cette lettre ouverte ; en des termes que voici (j’apportais alors mon soutien à Monseigneur Pascal N’KOUÉ, Évêque de Natitingou ) : «  La prière ne suffira pas à guérir notre pays de la « gangrène politique »  L’évêque dans son homélie soulignait d’autre part un problème qui me tient à cœur : « …vous  savez ma détermination pour les écoles et d’abord pour l’école primaire. Il est indispensable de garder l’enfant dans son milieu de vie pour son enracinement culturel. Et que l’école l’aide à s’intégrer dans la société […]encourager les enfants à aimer leur village, à protéger la création et à participer au développement de leur terroir. « Même sur le billon tordu fait par un enfant, la tige de mil pousse droit », dit un proverbe africain. »

 

C’est le fondement même de Un Enfant d’Afrique , mon livre salué par le regretté René Maheu, qui fut Directeur général de l’Unesco ; Bulletin de l’Information de l’Organisation du système des Nations unies et WORLD LITERATURE TODAY (USA), ont rendu compte de ce livre vite traduit en russe quand la Russie était URSS, des chapitres en sont traduits en anglais, des pages, en kiswahili. En 2003, en Île de France, des extraits en ont été utilisés pour passer de 3ème en seconde ; au Bénin, mon pays natal, où « certains font les couloirs en sollicitant l’inscription de leurs livres au programme, afin qu’ils gagnent un peu d’argent », Un Enfant d’Afrique a été ostracisé et la politique du CHANGEMENT ne veut pas réparer une telle injustice. Ainsi, comme à Ouidah, le CHANGEMENT est devenu Aïzan assis au pied de Ganximè ou mieux, Tò-lègbàcampé à Lègbaxoli ,vers la route du Séminaire saint Gall.

C’est parce que je ne baisserai jamais les bras qu’après m’être sérieusement informé à toutes les sources, tant du terrain objectif national que de l’extérieur, je déclare: je suis en opposition contre vos méthodes de gouvernement ; sans être adhérent d’aucun parti politique de notre pays, mon camp est celui du Séminaire de Goho.

 

Malgré l’insignifiance du chapitre culturel du programme du candidat Boni Yayi que je croyais médecin parce qu’on l’appelle Docteur, le programme soulignait le CHANGEMENT que voulait le peuple. Le 28 août 2006, à l’université de Nairobi, Barack Obama, alors sénateur de l’Illinois, prononça un discours qui aurait pu vous inspirer après votre élection; Africain sans importance, homme sans complexes qui ne rampe devant personne, j’en ai souligné des passages :

« Le poids de l’histoire et les influences extérieures ne sont pas les seules explications du retard pris par le Kenya. Comme beaucoup  d’autres nations  sur ce continent, le Kenya n’a pas réussi à mettre en place un système de gouvernement à la fois transparent et responsable, au service de son peuple et libre de toute corruption. » « Parmi les Etats africains, le Kenya reste un modèle de démocratie représentative, un pays où de nombreuse communautés ethniques  ont su trouver une manière de vivre et de travailler ensemble dans la paix et la stabilité .Vous  bénéficiez d’une société civile  forte, vous avez une presse libre et honnête[…] Et pourtant, si je parle ici de la liberté que vous avez si chèrement gagnée, c’est parce qu’aujourd’hui cette liberté est en danger. Elle est menacée par la corruption. La corruption n’est pas un problème nouveau. Ce n’est pas non plus un problème spécifiquement kényan ou africain.[…] Mais si la corruption est partout un problème, ici, au Kenya, elle est  une véritable crise, une crise qui prive une population honnête de bénéficier des chances légitimes pour lesquelles elle s’est battue. […] ;  l’immense majorité de la population de ce pays veut désespérément que ça change. » Comme au Kenya, « les médias ont courageusement mis au jour et rapporté quelques-uns des abus les plus flagrants. De plus en plus nombreux, citoyens et responsables politiques admettent qu’il s’agit d’une question cruciale. » « Bien évidemment et pardessus tout, l’arme suprême de votre pays contre la corruption, c’est la capacité des gens, la vôtre, à se lever, à faire connaître les injustices dont vous êtes les témoins. Le peuple kényan est le rempart ultime contre  les abus. »

 

Machiavel avait écrit admirablement : « La coutume a été que les Princes, pour pouvoir tenir plus sûrement leurs États, bâtissaient forteresses et citadelles, qui servissent de bride et de mors à ceux qui penseraient leur résister, et pour avoir un refuge sûr contre un soudain soulèvement. »[…] «…la meilleure citadelle qui soit, c’est de n’être point haï du peuple : car encore que tu tiennes les forts, quand le peuple te porte haine, ils ne te sauveront pas, à raison qu’après que les sujets ont pris les armes, ils n’auront jamais faute d’étrangers à venir à leur aide. »

Il ressort de l’analyse de la masse de documents que j’ai lue qu’après avoir voté pour le candidat Boni Yayi, « le peuple déçu par les méthodes » du président Boni Yayi, « autoritaire », « autocrate », « se méfie et il y a une profonde désaffection » ; on souligne aussi : « il n’avait jamais exercé de mandat électif, sans expérience politique, coupé du peuple, accoutumé aux luxes et fastes de la tour d’ivoire qu’est la BCEAO, il ne connaissait pas le peuple et les problèmes du peuple béninois sont mieux sentis et mieux connus par certains écrivains et intellectuels présents dans le pays ».

 

On ne dirige pas un pays qu’on ne sent pas, dont on n’a cure des souffrances et des besoins vitaux. On m’a écrit récemment : « …je suis un natif de Tanguiéta, qui vit loin du pays natal mais j’y retourne tous les deux ans ; Doyen, lecteur de vos œuvres, certaines m’ont marqué qui sont toujours d’actualité et c’est parce que j’ai confiance en votre personnalité que j’avais voté et fait voter mes parents et des amis pour le candidat de votre choix, mais aujourd’hui je m’en mords les doigts, mes parents et mes amis aussi et je me demande si le Doyen Olympe Bhêly-Quenum n’avait pas été piégé en invitant le peuple béninois à voter pour un tel homme… »

 

Piégé ? Non : mon soutien était aussi ma riposte contre : a) l’inadmissible mensonge de Monsieur Jacques Chirac, président de la République française, qui prétendait que, tant au Bénin que loin de leur pays, les Béninois voulaient que le président Mathieu Kérékou continuât de gouverner ; b) la volonté déclarée de ce dernier de ne pas vous rendre les clefs du pouvoir si vous étiez élu. L’ingérence soutenait le déni de la démocratie.

 

« Parce que nous sommes les enfants de nos parents, nous avons la possibilité d’apprendre de leurs erreurs et de leurs échecs.. » déclarera Barack Obama à Nairobi. Malgré l’incroyable, désespérant et la nullité du paramètre culturel de votre programme ,le mot changement m’en avait semblé le socle et l’élément catalyseur. Ne vous connaissant pas, j’admets mon erreur d’avoir appelé à voter pour vous ; le thuriféraire qui ne fait rien sans en exiger la récompense vociférait :   yì ![1] Votre prédécesseur avait mis sur les rotules un petit pays généreux, fier, libre ; son échec aurait dû être pour vous un exemple à éviter absolument : pour changer un système, il faudrait, d’abord, en avoir étudié le mécanisme, engager ensuite une guerre sans pitié et sans concession contre son ancien fonctionnement. Etonné par l’analyse des remontrances à l’encontre de votre gouvernement, je me suis posé la question que voici : « est ce que l’homme fort démocratiquement élu président de la République du Bénin connaissait vraiment ce pays ? »

J’en doute encore parce qu’ en peu de temps de fonction de Premier magistrat, vous avez acculé à la misère le Bénin qui souffrait de la pauvreté alors que le changement laissait entendre que vous le conduiriez vers un avenir meilleur. Qui aurait pu penser que c’était la ruse d’un cynique ? La supercherie vous a fait échouer ; le masque tombé, c’est l’apocalypse : la signification en français de ce terme grec est révélation ; exploit rarissime, singulier en si peu de temps de gouvernance, en Afrique depuis les indépendances, j’ai nommé catastrophe ce que la chute du masque a révélé. Notre beau pays ne mérite pas un tel traitement.

 

Savez-vous, à cause du mot catalyseur changement, combien de gens de mes familles -QUENUM, par mon père, AGBO par ma mère -, des milieux vodún à Gléxwé, de Béninois Francs-Maçons ont voté pour l’inconnu que vous étiez ? Je le répète : vous avez aggravé la situation créée par votre prédécesseur : de la pauvreté vous avez plongé le pays dans la misère et l’on ne cesse de me demander  «  Olympe », « Doyen… », « Monsieur Bhêly-Quenum, combien avez-vous été payé pour en appeler au peuple à voter massivement pour cet homme ? » , « Mon Frère, on sait que tu n’es pas du tissu de celui-là qui, même au pied de la tombe, hurlera pour être récompensé, tout de même, toi, en avoir  appelé à voter pour Boni Yayi !... »

 

Un chef d’Etat sans racine dans un parti politique solidement structuré n’est rien, sinon un jouet au cœur d’une coalition dont les fissures mettent au jour la divergence des intérêts inavouables ; ainsi m’apparaît autour de vous le rassemblement qui s’étiole, et s’effrite du pouvoir politique dont vous ne maîtrisez pas les ressorts. Une sorte de clan qualifié d’ « évangélistes arrogants, suffisants et vaniteux. » constitue votre point d’appui. Je m’insurge contre ce fait et en appelle au peuple à vous le faire sentir. Vous avez le droit à la croyance religieuse de votre choix, à l’option philosophique convenable à votre ligne de vie, mais ni couvent vodún, ni église catholique, ni synagogue, ni mosquée, ni temple protestant ne doit régenter le chef d’un Etat laïc ; ce n’est pas le cas en ce qui vous concerne ; l’analyse de l’indécence de vos générosités pécuniaires publiquement prodiguées aux représentants des cultes dont vous ne sous-estimez pas les influences dans notre pays dénote votre faiblesse politique et votre incapacité d’opérer le changement promis.

Et vous voilà, par vos méthodes, en train de piétiner la Démocratie dont le Bénin passait pour un exemple rare en Afrique. Fait d’évidence, j’étais informé du recul de la démocratie bien avant la publication du rapport de Reporters sans frontièrescontesté par la politique du ventre ; Amnesty international aussi a tenu notre pays sur la sellette ; des proches des deux Gléxwévi zigouillés par des assassins de votre Garde présidentielle m’ont écrit :

« …vous ne dites rien de ce crime ? Fofo, on ne va pas compter sur les gens qui courent derrière Yayi et sa femme et mangent dans leurs mains … ». « Non ! les cadeaux et les cérémonies aux vodous ne vont pas ramener les deux hommes tués pour rien car ils n’avaient rien fait à ce gnanvi qu’on appelle président de la République… ». « Cher Fofo Olympe, vous êtes d’ici et vous êtes Houénouvi, il faut réagir ! »

 

J’ai fait connaître mon indignation à un intellectuel que je croyais un ami sûr. Réponse : « …la justice fera son devoir » Rien n’a été fait. Vous êtes comptable de ce rien dont le peuple se souviendra au moment opportun. J’ai attiré l’attention sur un autre fait préoccupant. Réponse : « Je ferai ma petite enquête et t’en informerai. »

Voilà le visage du CHANGEMENT. Le narcissisme caractéristique de votre personnalité ainsi que votre caution de la politique du ventre ont généré des créneaux ; s’y sont engouffrés les thuriféraires de tout acabit, espèces sans conviction, nuisibles, qui, n’ayant pas même le courage des « bouffons du roi », montrent les talons dès qu’ils subodorent l’approche de la débâcle. Demain, ils seront les tout premiers à vous trouver les défauts dont personne ne vous aurait soupçonné.

«Economiquement le pays ne se porte pas trop mal », m’a-t-on dit, voire écrit ; pourquoi donc hurle-t-on : « manque d’argent », « cherté de la vie » «  misère »? Quand on ne s’attache pas à l’Histoire de son pays, ne l’étudie pas et ne la possède pas, on ne le connaît pas ; je comprends que vous vous en soyez déconnecté en optant pour la poudre aux yeux que sont le populisme des marches, la distribution des billets de banque, etc. qui, loin de participer des ressorts du changement, en sont des pierres tombales. Le statu quo ante s’est acagnardé et vous avez renforcé le misonéisme : en deux ans d’un règne cahoteux, vous avez réalisé l’exploit extraordinaire de faire du Bénin un Etat aux abois, à plat ventre, rampant comme un wansúgogó[2] ; le plus récent exemple en était votre innommable comportement lors de la visite du ministre Brice Hortefeux, décrit par une journaliste de l’hebdomadaire français Journal du dimanche

« Pire qu’une erreur, le président Thomas Boni Yayi est une faute grave pour notre pays » ; tel était mon sentiment après la lecture du reportage dans JDD. J’ai eu honte. On n’en finit pas de m’écrire : «  Doyen , on tient beaucoup à votre vie, faites très attention, ce pouvoir est capable de tout… » Eh bien, même de la mort je n’ai jamais eu peur ; et puis, j’ai réalisé plus que ce que je voulais faire en venant en France en 1948. Ma vie est derrière moi mais la lutte continue pour mon pays que j’aime passionnément et pour l’Afrique. Aux sicaires, je dis : vous perdrez votre temps et votre énergie ; à leur commanditaire, vous aurez dépensé votre argent pour peu de choses.

 

 

Olympe BHÊLY-QUENUM.



13/01/2009
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