Elections municipales de 2008
Le scrutin du 20 avril 2008 fait tomber une pluie de signaux sur
le régime du changement. La vérité des urnes est implacable. Les élections
municipales, communales et locales sont porteuses de messages pour Boni Yayi.
Après deux ans, l’hyper présidence devient maladive et le vote lui apporte une
thérapie.
Certes, l’évidence soutient la victoire de Force cauris pour un
Bénin émergent (Fcbe) qui impose la vague verte dans la grande majorité des
communes. Mais la moisson de suffrages soulève quelques observations au regard
des performances disparates enregistrées sur l’étendue du territoire national.
Fcbe n’a en fait conquis que le Bénin rural et les villes de seconde zone.
L’échec est patent dans les six chefs lieux des anciens départements. Seul
Parakou est tombé dans le giron Fcbe. Cotonou, Porto-Novo, Abomey, Lokossa et
Natitingou échappent à la famille cauris. Fcbe est en passe de perdre
Abomey-Calavi. Le raz de marée rural de Fcbe laisse donc transparaître le vote
sanction. La politique de gouvernement est remise en cause. Fcbe est invitée à
cesser de se noyer dans un triomphalisme naïf car Boni Yayi est dangereusement
en perte de vitesse. Les capitales politique, économique, historique et les
villes phares du pays boudent le président et lui offrent des miettes de
suffrages. La défaite notoire et affligeante dans les centres urbains exige de
la part du chef de l’Etat une introspection. Le pouvoir actuel a besoin de
soins intensifs malgré les efforts louables sur le plan du développement du
pays.
Si le vote sanction n’est pas forcément un rejet, il en présente
les symptômes. En clair, Boni Yayi est sur une pente glissante. La
présidentielle de 2011 s’annonce périlleuse. Le vote sanction peut aboutir à un
rejet si Yayi n’en tire pas les vertus pédagogiques, car le carton jaune des
municipales l’expose à un rouge fatidique au renouvellement de mandat. Le
changement doit maintenant s’adapter à de nouvelles méthodes, conformément aux
signaux des électeurs.
Le président Boni Yayi a l’impérieux devoir d’abandonner la
gestion solitaire du pouvoir et d’opter pour l’ouverture. Voici venu le moment
d’imiter Sarko. Le parallèle entre les deux hommes a longtemps passionné la
presse. Et on se demande si c’est Sarkozy qui imite Yayi ou l’inverse. Yayi
étant au pouvoir avant l’élection du président français, il bénéficie de la
paternité de l’hyper présidence, Sarko ayant à sa charge l’imitation. A
l’instar du peuple français, les Béninois sont agacés par le populisme et la
conception gymnique du pouvoir. Yayi doit cesser de faire croître sa popularité
sur les faits divers. Le vote a sanctionné la dictature naissante. Les libertés
publiques sont des acquis fondamentaux et le peuple y tient comme les prunelles
de ses yeux. Les dérives autoritaires, les actions mal mûries, les
improvisations, les effets d’annonce, les actes d’intimidation, les
cafouillages ont mis les populations en courroux et éclipsé les succès acquis
dans la quête de l’émergence. La vraie fausse affaire de vol de 50.000 cartes
d’électeur est révélatrice de la glissade dans la gestion du pouvoir. A quoi
cela a servi d’aller un dimanche interpeller une dame pour la relâcher la nuit
? Quel péril y avait-il pour expliquer le forcing au domicile de Solange
Capo-chichi ? La suite appartient à la justice indépendante. Les résultats
sortis des urnes ont eu le mérite de punir le harcèlement politique et la mise
en spectacle de la tension sociale. Le régime Yayi fait les frais de
l’accumulation des gaffes. Le changement vire à l’orage et secrète un goût
amer. Il va falloir pour l’équipage Yayi de réfléchir sur les actes qu’il pose
et leurs conséquences. Inutile de végéter dans la gaucherie et de continuer à
attraper du vent.
Elu pour remettre ce pays d’aplomb, Yayi est interpellé par les
électeurs du 20 avril. Sa réaction est attendue. Il doit choisir entre
améliorer sa vision et résister en baignant dans l’erreur. De son attitude
dépendra son avenir politique.
Sulpice O. Gbaguidi
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