"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

LE SCANNER DU JEUDI


Actualités politiques de notre pays :


 Dr. Frédéric Joël AÏVO se prononce


Écrit par SONANGNON.NET   

Dr. Joël AÏVO
Dr. Joël AÏVO
Dans les perspectives des prochaines élections municipales et communales, sonangnon.net à reçu pour vous Dr. Frédéric Joël AÏVO, Enseignant de Droit public et de Science politique à l’Université d’Abo­mey-Calavi UAC (Bénin), Directeur de Cabinet et Porte-parole du Président Adrien HOUNGBEDJI du PRD. Ensemble, nous avons parcouru avec notre invité l’actualité politique, sociale et économique de notre pays. Lisez plutôt…

 

 

SONANGNON.NET: Bientôt les élections municipales et communales dans notre pays. Déjà trois élections et chaque fois des contestations quand il s’agit d’installer la Cena. Quelle est votre appréciation de la situation actuelle ?

Dr. Joël AÏVO: Mon sentiment personnel est que les élections au Bénin ont besoin d’être revues et corrigées, particulièrement la manière dont nous organisons les élections. Je veux parler de la CENA, de son organisation, son fonctionnement et surtout de ses attributions. Je crois que tout le monde est quasiment d’accord même au-delà du Bénin, qu’il faut ne pas confier l’organisation des élections au Ministère de l’intérieur; c’est quasiment l’une des particularités de toutes les démocraties du Sud qui n’ont pas les moyens de s’offrir les infrastructures qu’il faut pour permettre au ministère de l’intérieur d’organiser les élections en toute quiétude.

Dans les pays du Sud, notamment en Afrique noire francophone, les élections sont tellement sensibles. Elles sont dans nombre de pays la cause des troubles politiques, des instabilités institutionnelles voire des conflits armés. Pour ça il faut éviter que la manipulation des urnes et des suffrages par quelques ministres zélés ou par des fonctionnaires aux ordres, tous angoissés par les incertitudes de lendemain d’élection chaotique, ne porte un coup fatal à la démocratie et à la cohésion sociale. Il ne faut donc pas faire des élections, un facteur de fragilité de la nation, fragilité de la démocratie, c’est pour ça que tout le monde est quasiment d’accord qu’il faut confier l’organisation des élections à une structure qui soit une structure neutre si elle peut l’être en sachant que la Cena ne saurait être neutre, mais qu’il faut que ce soit une structure qui soit consensuelle, où tout les partis politiques, où toutes les sensibilités soient plus ou moins présentes et qu’ils aient un peu leur regard sur la manière dont le scrutin est organisé. Donc sur ça je crois qu’il faut sans doute continuer avec une structure autonome, indépendante du gouvernement, de l’assemblée nationale, presque de toutes les institutions. Cependant, il faut trouver un autre mode d’organisation et de fonctionnement de la Cena.

Le professeur Ahanhanzo Glèlè et le professeur Holo ont livré un rapport qui n’a pas été suffisamment exploité par les pouvoirs publics au Bénin. Autrement je crois qu’il y a une mine d’informations qui aurait sans doute permis de corriger le fonctionnement de la Cena. Telle qu’elle est organisée aujourd’hui, je dirai que presque toutes les guéguerres que nous avons sont inhérentes à la façon dont la Cena est organisée. C’est une structure qui est un peu à la merci du courant politique la mieux représentée à la Cena, c’est une structure qui est à la merci du parti politique qui contrôle les membres qui sont à la Cena. Bref c’est des dysfonctionnements qui sont quasiment incorporés à l’ADN de la Cena aujourd’hui.

Donc, je dirai que c’est de bonne guerre, mais la particularité de cette année est que le pouvoir de président Yayi a poussé tellement loin le bouchon que on a assisté à une cascade de recours, simplement parce qu’il ne sont pas arrivés à contrôler l’institution. Or ça fait très longtemps pour ne prendre que l’exemple du Président Houngbédji qu’il a été toujours minoritaire à la Cena, mais jamais il n’a poussé très loin la multiplication d’actes qui tendent à déstabiliser ou à faire retarder les élections. Le fair play doit être partagé par tous les acteurs politiques de notre pays. Il y en a pas qui soit systématiquement programmé pour perdre et les autres pour gagner.

En parlant des élections au Bénin, une autre particularité c’est que depuis que le Gouvernement actuel est aux affaires, il n’a organisé aucune élection à bonne date. Ni les dernières législatives, encore moins ces municipales qui aurait dû être organisées depuis décembre 2007. On est en mars, et nous ne sommes toujours pas sûrs d’aller voter le 13 février. Tant le dilatoire du gouvernement est constant. Le ministre des Finances malmène la Cena sur le financement du scrutin et la tourne en rond un peu comme ce que M. SEHLIN ancien ministre des Finances du Président Kérékou avait fait pour retarder et foirer l’organisation des dernières présidentielles. Ce qui est sûr, le Gouvernement joue manifestement le pourrissement du scrutin.

Les élections législatives ont été reportées une fois, les élections municipales deux fois, je dirai même trois fois. Ce n’est pas gage de stabilité. Le pouvoir actuel ne donne pas l’impression aux Béninois d’être un pouvoir très sensible à la démocratie.

Selon vous le report chaque fois des élections cache quelque chose? Est ce que ce n’est pas pour une bonne réussite de ces élections ?

Non, les reports auxquels nous avons assisté au Bénin pour être sincère c’est des reports qui ont été motivé ou qui ont été fondé par des divertissements et la récréation que le gouvernement a animés pendant très longtemps. Plutôt que de passer très rapidement aux choses sérieuses, le gouvernement a disposé de beaucoup de temps ; ils ont la majorité au parlement en tout cas ils avaient la majorité au parlement donc ils auraient pu profiter pour toiletter les textes électoraux, programmer et convoquer le corps électoral. Ils ne l’ont pas fait. Pendant très longtemps, le gouvernement nous a diverti, a récréé les Béninois sur des questions secondaires, des questions accessoires. La propagande avait pris le pas sur ce qui était essentiel pour le pays. Ce qui a fait qu’on n’est allé aux élections à quelques mois de l’échéance. Malheureusement il était trop tard, et on n’a pas pu comprendre d’ailleurs pourquoi le gouvernement actuel qui dispose d’une majorité n’a pas fait de l’organisation à bonne date de ces municipales une priorité. Donc c’est pas une question de vouloir bien les faire, c’est simplement qu’ils ont été pris de coup, ils ont été surpris par le temps, ils ont passé tout le temps à distraire les Béninois sur des questions qui n’étaient pas essentielles.

Justement, l’opinion publique attendait vraiment la réaction du PRD puisque aujourd’hui c’est le parti qui se déclare de l’opposition constructive où déjà il y a aussi un peu de flou. Ce n’est pas un parti offensif car il y a des sujets d’actualité mais le PRD ne sort pas pour montrer sa position. Qu’est-ce qui fait que l’opinion publique sent que le parti dort ?

Vous avez en partie raison, le PRD ne dort pas. Nous avons choisi de ne pas envenimer les problèmes qui se posent actuellement à notre pays. Nous avons choisi de ne pas apparaître comme un parti qui jette de l’huile sur le feu. Je voudrais simplement d’abord vous rappeler qu’en dehors du PRD vous n’avez de réaction d’aucun autre parti politique ; les seules réactions que vous avez, les seules voix dissonantes que vous avez dans le pays viennent du Parti du Renouveau Démocratique et on ne peut pas dire que le PRD ne communique sur rien. Nous communiquons sur beaucoup de choses mais nous avons choisi de ne pas communiquer systématiquement sur tout ce qui ne vas pas. Nous accompagnons des fois nos critiques de propositions. Par exemple sur le service militaire nous avons parlé, sur les échecs massifs aux examens nous avons parlé, sur la crise des GSM nous avons parlé peut être en retard mais nous avons parlé, nous avons communiqué, nous avons dit ce que nous pensons.

Mais justement vous venez de dire tout à l’heure que peut être le PRD intervient en retard ; voilà encore un problème sur la crise du GSM où le PRD est intervenu à la veille même du dénouement de cette crise. Pourquoi est-ce que le PRD attend souvent les derniers moments pour réagir, c’est là ou le peuple ne comprend pas réellement la gestion politique de ce parti?

Non, je vous assure que les Béninois comprennent notre position. Simplement sur la crise des GSM, on avait voulu que les Béninois expérimentent par eux-même l’inconséquence de la décision du Chef de l’Etat d’ouvrir brusquement et sans aucune précaution, sans aucune prudence une crise aussi majeure, une crise qui touche au droit international, au droit international des investissements, au droit international des affaires, à la crédibilité de notre démocratie et surtout à la crédibilité de notre capacité à pouvoir sécuriser les investissements étrangers dans notre pays. Donc sur ça, nous sommes intervenus en retard pour certains, mais en réalité, nous avons voulu d’abord laisser suffisamment le temps au gouvernement pour arranger une situation que lui-même à embrouiller.

Maître Adrien Houngbédji sera-t-il candidat aux prochaines municipales ?

Vous savez, la sollicitation est grande autant à Porto-Novo qu’à Cotonou. Beaucoup de nos militants le demande, même les Cotonois le demandent. Les Porto-Noviens souhaitent une fois encore que le Président Houngbédji conduise la liste à Porto-Novo. Les Cotonois aujourd’hui exigent que le Président Houngbédji se présente. Pour l’instant, je vous assure que la question est sur la table. Il n’y a pas d’à priori, je dirai que c’est une question à la fois ouverte et fermée. La décision sera prise par le bureau politique du parti, mais avant tout c’est le Président Houngbédji qui, en fonction de sa motivation et surtout de ses ambitions futures pour le pays, décide en dernier ressort de ce qu’il faudra faire, mais les sollicitations sont grandes je vous le confirme. Je vous certifie qu’on a même des sollicitations de Béninois ordinaires isolés qui pensent que le président Houngbédji peut jouer un grand rôle dans la gestion des deux grandes villes, Cotonou et Porto-Novo. Mais la décision sera prise dans les jours qui arrivent.

Et s’il arrivait que lors de la prise de décision le président Houngbédji se présentait, qu’il allait aux élections et qu’il gagnait, est-ce qu’il va encore comme dans le passé laisser la mairie à son suppléant, parce que nous avons vu le cas de Porto-Novo. Est-ce que ce sera encore le même scénario ?

Vous savez, le Président Houngbédji a démissionné de la Mairie de Porto-Novo. Les gens qui en parlent aujourd’hui, généralement vraiment à 90% sont de mauvaise foi. ils savent très bien qu’ils manipulent une question qui était déjà fermée aussitôt qu’elle a été posée. A Porto-Novo, il y a cinq (5), le Président Houngbédji n’était candidat à rien, il n’était pas candidat à la mairie. Le Président Houngbédji a été sollicité par les Porto-Noviens, notamment par le parti pour conduire la liste en fonction des adversaires cachés qu’on avait en face. Rappelez-vous que le ministre Gaston Zossou soutenu par la coalition UBF, soutenu par le Président Kérékou et tous les partis politiques qui étaient proches de Kérékou, pour la conquête de la ville de Porto-Novo. Porto-Novo était pour nous un passage obligé pour 2006. On devait encore préserver la ville de Porto-Novo, ce qui a justifié que le président Houngbédji ce soit lancé dans la bataille, il n’était candidat à rien du tout, il s’est présenté pour aider la liste, pour porter sa liste et jamais pour être maire. Mais après ceux qui disent qu’il a démissionné veulent bien s’accrocher à un argument pour trouver un défaut au Président Houngbédji sinon il n’était pas candidat à la mairie de Porto-Novo, ce sont les Porto-Noviens qui l’ont sollicité pour conduire la liste, ce qu’il a fait en bon dirigeant.

C’est vrai qu’il serait audacieux de prédire ce qui arrivera après les élections municipales, mais après votre analyse de la situation politique quelle sera la configuration des prochaines municipales ?

Je ne saurai vous dire à moins d’être un devin. Ce que je souhaite c’est que Porto-Novo continue d’être contrôlée par le PRD. C’est mon souhait. Je souhaite également que Cotonou reste aux mains de forces politiques opposées à l’équipe au pouvoir. Parce que nous avons vu deux ans de gestion du pays qui ne rassurent pas grand monde. Les Béninois en deux ans descendent de leurs illusions, des espoirs qu’ils ont placés dans l’équipe actuelle. Si vous avez vécu au Bénin pendant ces deux dernières années il ne vous plaira pas de laisser la gestion d’une boutique à l’équipe qui est en place aujourd’hui. Si vous avez vu la manière dont elle a gèré le Bénin en deux ans, dans une précipitation et dans une impréparation, je pense qu’il ne vous plaira pas de leur confier la gestion d’une boutique ou d’une cabine téléphonique, donc par conséquent je ne souhaite pas que Cotonou tombe aux mains du gouvernement actuel qui n’a pas pu prouver grand-chose au plan national.

Je souhaite que Cotonou soit contrôlée par des forces politiques qui ont de vraies ambitions pour les Cotonois. Je souhaite que la vitrine de notre pays soit confiée à ceux qui ont les moyens de leurs ambitions, qui connaissent Cotonou, qui connaissent un peu les Cotonois, je souhaite la même chose pour Abomey-Calavi, bref, je souhaite que toutes ses grandes villes notamment les villes à statut particulier soient gérées par des gens qui ont une certaine idée de la gouvernance locale et qui ne mêlent pas la politique à la gestion des problèmes à la base. C’est pour ça que je pense en tout cas que le PRD doit se lancer dans la bataille à Cotonou, à Porto-Novo, à Calavi.

J’ai de fermes espoirs, j’ai vraiment la conviction qu’au bout du rouleau, au bout de ces élections, les Cotonois, les Porto-noviens et les populations d’Abomey-Calavi auront une équipe municipale, en tout cas, des maires qui se déploieront complètement à leur cause, qui essayeront de diriger les villes pas comme le pays à été dirigé durant ses deux dernières années.

Plus loin à travers votre analyse, on trouve que la gestion du pouvoir actuel n’est pas une gestion adéquate. Es-ce à dire que tout est négatif ? Nous avons vu quand même des réalisations depuis l’installation de ce pouvoir !

Vous avez vu des réalisations, lesquelles ?

La construction des écoles, l’octroi des micro finances, déjà c’es des actions que nous pouvons mettre à l’actif de ce gouvernement et aussi nous avons vu des grands chantiers lancés. Même si on nous dit que ces chantiers existaient bien avant l’arrivée de ce gouvernement au moins ce gouvernement l’exécute bien. Voilà un peu ce que voit le peuple aujourd’hui, es-ce à dire que tout cela ne porte pas de fruits ?

La construction des écoles ne date pas d’aujourd’hui, depuis 1960 chaque gouvernement qui passe essaie de construire des écoles, s’il n’y avait pas de gouvernement qui ait construit des écoles dans notre pays, on n’en aurait quasiment pas. C’est pour vous dire que des écoles, on en construisait déjà, des routes on en construisait déjà autant qu’on le fait aujourd’hui et plus qu’on le fait aujourd’hui. Je vous rappelle simplement que les projets OPEP et les projets BID qui déploient sur le terrain, dans nos villages et dans nos villes beaucoup d’écoles sont des projets négociés sous les présidents Kérékou, Soglo et beaucoup d’autres projets. Ca ne veut pas dire que le gouvernement actuel ne fait rien. Prenez la gouvernance du président Soglo, le président Soglo a battu tous les records en tout cas de construction de routes. Le président Kérékou étant à la tête d’un gouvernement qu’on a qualifié des plus corrompus, les routes se construisaient, les grandes réalisations de ses dernières années ont été l’œuvre du président Kérékou.

Vous avez dit qu’on qualifiait le gouvernement de Kérékou de corrompu, es-ce à tort qu’on le qualifiait de corrompu ?

C’est sans doute pas à tort. Il y a dans tout gouvernement, de hauts fonctionnaires corrompus. Autant il en avait, autant, il en a aujourd’hui. Simplement que les personnalités dites de la société civile sont de moins en moins neutres. Ils s’intéressent à des sujets qui n’intéressent pas les Béninois, mais les vrais sujets de corruption, si vous prenez la gestion des fonds de l’escorte douanière des véhicules d’occasion, est-ce que vous avez trouvé une organisation dite de la société civile qui en ait parlé ? Pas une seule. La dernière fois, Jean Baptise Elias était sur Golfe Télévision, a parlé de tout, de sujet qui ne le concerne pas, mais sur un sujet aussi brûlant que celui-là, il n’a pas pipé mot. C’est pour vous dire avant il y avait des corrompus, aujourd’hui, il y en à encore. Tous les régimes traînent des corrompus. Le gouvernement du Président Yayi Boni en traîne aussi.

Es-ce à dire qu’on n’a plus une société civile dans notre pays ?

Evidemment la société civile, ça fait longtemps qu’une certaine société civile a franchi le pas de la politique. Toutes les personnalités qu’on qualifiait de société civile n’étaient que des hommes politiques qui ne militaient par dans un parti politique, mais qui étaient des acteurs politiques, qui s’intéressaient aux sujets politiques, mais qui faisaient croire qu’ils appartenaient à la société civile. Regardez-les, un à un ils ont franchi le pas, ils ont quitté la société civile pour entrer dans le gouvernement, soient pour servir le gouvernement du président Yayi. Alors, il vous reste qui ? Il vous reste Jean Baptiste Elias, mais qui de plus en plus fait montre d’une partialité déconcertante. Vous avez vu la dernière fois Monsieur Ahanhanzo Glélé intervenu sur Golfe télévision avec un tel enthousiasme à supporter le chef de l’Etat que on n’est fondé aujourd’hui à croire que la société civile a vécu au Bénin. Certes, il y en a quelques-uns encore, tel Joseph Djogbénou qui est un des membres de la société civile qui marque encore son indépendance à l’égard de tous les partis et courants politiques. Mais tout le reste, vous prenez le professeur Gbégnonvi, Jean Baptiste Elias, Madame Madougou, M Ahanhanzo-Glélé, c’est quasiment des membres externes du gouvernement. Même s’ils ne sont pas au gouvernement, ils se comportent comme des ministres porte-parole du gouvernement.

Selon vous que faire aujourd’hui pour réveiller une société civile, parce que sans une société civile je pense que le pouvoir à la voie libre pour faire tout ce qu’il veut ?

Qu’est ce qu’on peut préconiser, sauf de demander à chacun de jouer son rôle, vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un d’avoir une couleur politique, d’avoir une opinion politique, les personnes qu’on créditait d’appartenir à la société civile, de porter toutes les vertus de la société civile ont toutes abandonnées le combat civique, le combat citoyen. Aujourd’hui ils ont embouché la trompette du changement et ont abandonné leurs toges de membres de la société civile. Il faut souhaiter que ceux qui défendent encore les mouvements associatifs, ceux qui militent pour des intérêts non politiques continuent de se battre pour l’idéal démocratique et continuent d’avoir un combat citoyen qui ne soit pas un combat politique. On ne peut rien. Même un encadrement juridique des activités des organisations de la société civile ne règlerait pas le problème. C’est une question d’éthique et de conduite personnelle que chacun doit pouvoir respecter.

Pour une première fois dans notre pays, un président en exercice aux Etats-Unis a été de passage et ceci est à mettre à l’actif de la diplomatie béninoise. Quelle est votre appréciation par rapport à la visite du président Georges Bush ?

En tant que Béninois je suis très content et très fier que le président Georges Bush ait foulé le sol de mon pays. Je suis très content que dans sa tête, pour le peu de temps qui lui reste à passer à la Maison blanche, il aura un petit espace réservé au Bénin. Il se souviendra qu’il a visité un petit pays en Afrique qui s’appelle le Bénin et éventuellement qui pourrait bénéficier de ses largesses. Mais là où je suis en désaccord avec le gouvernement actuel, c’est quand ils veulent faire une utilisation politique d’une visite officielle, du chef d’Etat d’un grand pays. Je suis en désaccord avec eux lorsqu’ils veulent en faire une manipulation politicienne. La vérité est que la visite de Georges Bush au Bénin sanctionne dix-sept (17) années de démocratie, de pratique démocratique, d’alternance au pouvoir. Cette visite ne vient pas que congratuler les deux ans de gouvernance YAYI.

Professeur, si on avait une diplomatie moribonde Georges Bush ne serait pas arrivé ici, il faut reconnaître quelque part que le pouvoir en place par sa diplomatie a fait quelque chose ?

Personne ne nie que c’est à l’actif de la diplomatie de notre pays. C’est-à-dire de l’invitation que vous transmettez à un chef d’Etat, de la pression que vous faites sur un ambassadeur pour qu’un chef d’Etat vienne chez vous, ça si vous voulez on les crédite d’avoir faire suivre le dossier. Je veux simplement vous expliquer que la visite du président Georges Bush au Bénin sanctionne dix-sept années de démocratie, dix-sept ans de travail laborieux des Béninois à soigner leur système politique, à entretenir leur liberté et à défendre les valeurs démocratiques. Nous devons la visite de Georges Bush à huit millions de Béninois et à environ trois chefs d’Etat qui se sont succédés à la tête de notre pays depuis 1990. Donc ce n’est pas tant le mérite d’un Homme. C’est plutôt le mérite d’un peuple, le mérite de plusieurs chefs d’Etat qui année après année, mandat après mandat ont travaillé à ce que la démocratie survive dans notre pays et ait un sens. Je vais vous dire une chose si le président Bush avait simplement voulu tenir compte de la vie démocratique de notre pays depuis deux ans, depuis que le Président Yayi est à la tête de l’Etat, je peux vous assurer qu’il n’aurait même pas mis pieds au Bénin. Car, c’est sous le président Yayi que nous avons connu une régression des libertés démocratiques. C’est à l’ère dite du Changement que les libertés syndicales ont été attaquées. C’est avec eux que la liberté de presse a connu un recul jamais connu dans notre pays, que les douaniers sont attaqués, que les règles d’orthodoxie même les plus élémentaires de management des actions publiques sont foulées au pied, que les étudiants ont vu régulièrement les franchises universitaires violées. Bref, c’est pour vous dire que le président Yayi, si on doit tenir compte simplement de son action à la tête de notre pays en deux ans, si le président Georges Bush devrait en tenir compte, je ne suis pas sur qu’il serait arrivé au Bénin. La diplomatie américaine a tenu compte de l’œuvre des béninois sur dix-sept ans, ce qui sanctionne dix-sept ans de démocratie et c’est ce qui fait la fierté de notre pays. Je pense que la présence de Georges Bush au Bénin doit permettre au gouvernement actuel de soigner sa pratique démocratique, de voir comment moins attaquer les libertés fondamentales et comment moins donner l’impression d’être agacé par la démocratie.

L’histoire nous révèle quand même que concernant la crise sociale qu’il y a actuellement, même au temps de Kérékou, on voyait l’université assiégée par les militaires, on voyait aussi les syndicalistes grevés et que le gouvernement reste parfois campé sur sa décision. Aujourd’hui parlant de régression de liberté nous voyons les syndicalistes qui sont présentement en grève, ils ont la liberté de grève et ils sont payés malgré tout ce que le peuple aujourd’hui est entrain de décrier, parce que désormais la grève n’est plus une manière de revendiquer mais une question d’actualité. Dans ce cas la liberté est-elle arrachée au peuple ?

Si vous vivez au Bénin depuis deux ans, et si vous avez entendu nos gouvernants traiter les syndicalistes depuis qu’ils sont en grève vous constaterez qu’il y a un changement fondamental dans la conception même de la démocratie par le gouvernement. Ils sont agacés par la démocratie, la liberté des citoyens les dérange, quand vous êtes contre eux, ils vous disent que vous complotez contre la démocratie, que vous voulez mettre le pays à genou. Ils ont dit à l’égard des syndicalistes, ils ont prononcé les propos les plus indignes des gouvernants, ils les ont traités, je préfère taire les qualificatifs, mais bref, ils les ont traités de tous les noms ; les syndicalistes n’ont été jamais été aussi menacés que depuis l’arrivée à la tête de l’Etat de l’actuelle équipe. Les étudiants ont eu le même traitement. Ils sont bastonnés maintenant, ce que nous n’avons plus jamais vu, bastonnés jusqu’au sang sur le campus. Moi j’enseigne à l’Université d’Abomey-Calavi, je sais de quoi je vous parle, si vous voulez, vous faites un tour sur le campus et les étudiants vous en parleront. Jusqu’hier j’entendais le président de la Fédération Nationale des Etudiants à la télévision raconter un peu les mésaventures des étudiants. C’est pour vous dire qu’il y a eu une différence de fond, la liberté de presse, je ne dévoile aucun secret que c’est avec le président Yayi Boni que la presse est muselée, je signe et je persiste que la presse est muselée depuis la présence du chef de l’Etat au Bénin, que tout contradicteur est éjecté des chaînes de télévision. La télévision est devenu un peu comme un jeu où on fait l’éloge du chef de l’Etat, on ne voit que le chef de l’Etat un peu comme la télévision en Corée du Nord ou en Ouzbékistan. Donc, je pense et la matérialité de tout ça est que nous avons dégringolé dans tous les classements, au classement international, comme au classement africain, le Bénin a perdu des places considérables, si ça ce n’est pas une preuve de régression en tout cas, de menace de régression de la démocratie, je ne sais pas si on en trouvera d’autres.

Avec ce que vous venez de dire cela signifie t-il que le PRD a du mal à intervenir sur les chaînes de télévisions et de radios vu que tous ceux là sont muselés et ne font que passé le message du gouvernement selon vous ? Vous sentez qu’il y a un blocage ?

Ce n’est pas qu’on sent qu’il y a un blocage. Je confirme qu’il y a un blocage au Bénin. Le président Houngbédji a été interdit d’antenne à l’ORTB (La chaîne de télévision nationale) pour des difficultés de management qui ont été des difficultés fabriquées, le président Houngbédji n’a pas pu intervenir sur l’ORTB. Il a voulu faire une émission pour s’expliquer pour faire connaître le point de vue de son parti sur les grands problèmes de la nation. L’émission n’a pas pu avoir lieu. Beaucoup de nos intellectuels, les cadres du Parti, les vices présidents du parti n’ont plus accès à certaines chaînes de télévisions ou radios de la place, c’est pour dire qu’il y a un musellement, un musellement certain, regarder ce qui se passe sur certaines chaînes où il y a un monologue permanent entre partisans du gouvernement et ministres. Vous avez les mêmes personnes du gouvernement, les mêmes ministres du gouvernement qui sont dans un monologue permanent qui parlent tout seul de la même chose, et pourtant ça n’empêche pas les Béninois de voir ce qui se fait de bien ce qui se fait de mal dans la conduite des affaires de l’Etat.

Si vous devez donner un conseil au président Yayi Boni et à son gouvernement, quel serait-il ?

Je lui dirai, de prendre le temps de connaître le Bénin, il y a deux ans qui sont passés et qui peuvent être pardonnée parce que du fait de la méconnaissance que le président Boni Yayi avait du Bénin, de son système politique avant d’accéder à la charge suprême. Je lui demanderai, de prendre le temps pour le temps qui leur reste, de prendre de recul pour connaître le Bénin et d’interroger les Béninois, de les interroger sur ce qu’ils veulent, de leur demander quelles étaient leurs motivations en mars 2006, qu’est-ce qu’ils voulaient profondément, l’émergence ça veut dire quoi ? Je voudrais leur demander en fait de faire une introspection, de se poser la question de savoir ce que les Béninois veulent vraiment et en fonction, d’avoir un diagnostic sur ce qu’ils offrent aux Béninois depuis qu’ils sont là, demander leur si la propagande faisait partie des besoins des Béninois en mars 2006 ? Je ne suis pas sûr. Les Béninois avaient des problèmes précis et c’est au Chef de l’Etat de refaire en trois ans un bon diagnostic des problèmes des Béninois et en fonction il trouvera la solution qu’il faut et surtout d’être un homme à l’écoute de ceux qui le soutiennent comme de ceux qui ne le soutiennent pas. Je lui demanderai également d’être un homme au-dessus de la mêlée, de ne pas souvent utiliser le redressement fiscal comme étant un mode de gouvernement, comme un mode de règlement des conflits politiques. Je voudrai modestement invité le chef de l’Etat à éviter toute provocation vis-à-vis des forces politiques, des syndicats, des corps constitués de la nation.

Nous allons un peu à votre découverte en vous demandant quelle est votre devise dans la vie ?

Un état d’esprit Combatif ! Toujours combatif !

Et qu’est-ce que vous aimez le plus qu’on vous fasses ou qu’est-ce que vous aimez le plus dans la vie ?

La sincérité et la fiabilité des autres. Je préfère chez un homme ou chez une femme, la sincérité et la fiabilité. Si vous n’avez pas ça, je pense que vous n’avez pas votre place dans la société des hommes.

Quelle est cette figure à la quelle vous auriez aimé ressembler ?

Nelson Mandela !

Et pour quelle raison ?

Pour sa combativité et pour ses grandes convictions, surtout pour sa combativité.

Vous connaissez Sonangnon.net ? Et si oui quelle est votre appréciation de ce site ?


Sonangnon, je l’ai découvert, j‘étais encore en France, c’est un « tonton » qui m’a appelé de la région parisienne pour me dire écoute ! Si tu veux avoir des informations du Bénin, des informations fiables, très actualisées il faut visiter Sonangnon. J’avoue que depuis que j’ai fait le premier clic sur Sonangnon, je n’ai pas arrêté, même étant rentré au Bénin, je continue de visiter Sonangnon et je pense que vous faites un bon travail surtout dans l’information de la diaspora. Les Béninois de l’extérieur, quand vous y êtes et vous êtes contraints de rester loin de votre pays vous n’avez qu’une seule soif : savoir ce qui se passe chez vous. Je pense que vous arrivez à étancher cette soif chez les Béninois qui sont à l’extérieur et donc pour ça je pense que vous êtes très utiles, non seulement aux Béninois de l’extérieur, mais aussi à ceux de l’intérieur, moi-même en étant à Cotonou, à chaque fois que j’ai le temps d’aller sur Internet, je fais un tour sur Sonangnon.

Quel est votre dernier mot ?

Mon dernier mot est de vous remercier de me donner la parole et vous remercier du travail d’information et d’éveil que vous faites au niveau des Béninois. Je voudrais surtout inviter les béninois à plus de vigilance, surtout par rapport aux menaces qui pèsent sur notre démocratie. J’ai entendu la semaine dernière le ministre de la justice dire sur Radio France Internationale, que le chef de l’Etat et le gouvernement actuel était un gouvernement émergeant, ce qui ne voulait rien dire. Plus grave, le garde des sceaux qui n’est pas un enfant ni un plaisantin, affirme que le gouvernement de Boni YAYI voulait instaurer un Etat fort. J’ai eu très peur, et ses propos sont venus renforcés en moi la conviction que j’avais que le gouvernement que nous avons actuellement ne s’accommodait pas de la démocratie, que le gouvernement que nous avons actuellement est un gouvernement qui est dérangé par la démocratie et la liberté des citoyens. Qu’un ministre de la justice dise qu’ils veulent instaurer un Etat fort, ça fait très peur, vraiment très peur et je voudrais inviter les Béninois à la vigilance pour la défense des droits que nous avons acquis dans le sang, dans la douleur, je sais que nous avons fait des sacrifices suprêmes, moi je n’en ai pas fait, mais j’ai des parents qui sont morts pour ça, des gens qui ont été exilés pendant longtemps pour qu’aujourd’hui nous soyons libres. Donc, je voudrais espérer que nous resterons libres, que nous ferons tout pour défendre notre liberté.

 

 

 

 

Entretien exclusif réalisé pour SONANGNON.NET par :

Berlos Segeste SASSE & Brice MEDETON


12/03/2008
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Le rappel à l’ordre

de Dieu aux « Yayistes »

 

 

Par Frédéric Joël AIVO

www.joelaivo.info

 

« A Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ».

 

Qui se prend pour Dieu sera rappelé à l’humanité par sa mortalité. Même ses seules difficultés, ses nombreux souhaits non exhaussés, ses préoccupations laissées insatisfaites et sa parole mielleuse mais impuissante parce que non suivie de solution lui rappelleront qu’il n’est qu’un homme parmi les hommes.

 

Cette maxime simplement imposée par le bon sens et la morale religieuse à laquelle nous avons tous été initié soit à l’Ecole coranique soit au Catéchisme semble de plus en plus ignorée. Elle est aujourd’hui foulée au pied par ceux à qui la course aux strapontins, aux prébendes du pouvoir fait perdre la tête. Non contents de présenter le Chef de l’Etat comme un Messie que l’Eternel nous a donné en cadeau, non contents de marteler que Boni YAYI est un don de Dieu venu sauver les Béninois, les mêmes thuriféraires assimilent le Président YAYI à Dieu. Boni YAYI lui-même a le triomphe modeste. Devant ses compatriotes invités au Palais, il signifiera à ceux qui en douteraient encore qu’au Bénin, après Dieu, c’est lui Boni YAYI. C’est entendu.

 

« Boni YAYI est plus que Dieu »

 

Mais les partisans du Chef de l’Etat ne sont pas rassurés que la leçon fut bien assimilée par les Béninois. Leur doute est fondé par « l’indiscipline » des Béninois qui contestent encore et toujours la supposée vision et les projets virtuels de Boni YAYI. Les critiques de partis politiques, les revendications de syndicats voire les grognes des citoyens indépendants sur les radios et télévisions non contrôlées les insupportent. Cette « indiscipline » et cette « indocilité » des Béninois leur donnent la preuve que Boni Yayi n’est pas encore pour nombre de Béninois, Dieu dont nul ne conteste ni l’existence, ni la suprématie.

 

Alors un ancien député, mon ami et frère Robert CAKPO se propose de le rappeler. Il croyait fait plaisir à son nouveau Chef, mais la plaisanterie a des limites surtout lorsqu’elle peut s’assimiler au blasphème. « Boni Yayi est plus que Dieu. Il est mieux que Dieu. Quand vous adressez vos prières à Dieu, il vous faut attendre un peu pour en avoir les résultats. Or Boni YAYI, dès qu’il le promet, c’est aussitôt fait ». Voilà en substance ce qu’a déclaré Robert CAKPO, ancien député. Ces propos firent peur à tous les Béninois. Tous les Musulmans, tous les Chrétiens comme tous les Vodounons prirent peur. Les athées qui ne croient même pas en Dieu ont été également assaillis par la peur. La peur et la panique des conséquences naturelles que ferait encourir un tel blasphème à un pays dont l’élu est proclamé « mieux que Dieu et plus efficace que Dieu ». Car, ces propos sont une provocation gratuite de la Nature.

 

Que diantre avons-nous fait pour que nos dirigeants ne veuillent cultiver que la provocation. Provocation des magistrats, provocation des journalistes, provocation des douaniers, provocation des centrales syndicales, provocation des étudiants, provocation de ses propres députés, provocation des partis politiques avais-je écrit dans mon tout dernier scanner. A la provocation des hommes, la majorité présidentielle ajoute la provocation de la Nature, celle de Dieu.

 

Mais la place de Dieu n’est pas discutable dans notre vie individuelle ou collective. Mais au Bénin du Président-Messie-Dieu, la place de l’Eternel est devenue discutable. La place de Dieu est mise en concurrence par quelques désespérés que manipulent sans état d’âme et avec cruauté, le Gouvernement. Ces désespérés de la vie politique béninoise sont perdus et errent à la recherche de tuteur. Ces désespérés, recrutés au PRD, à la RB, au PSD, mais aussi au MADEP ou encore au FARD ALAFIA sont précipitamment reconvertis au Yayisme. Le mode d’emploi et la notice de la reconversion au « Yayisme » prévoient trois étapes : D’abord, une marche de soutien avec des marcheurs recrutés et payés entre 2000 francs et 4000 francs. Ensuite une déclaration de ralliement en présence de quelques parrains de la FCBE et enfin une audience avec le Chef de l’Etat. C’est seulement après qu’ils peuvent suivre le Chef de l’Etat sur les chantiers de leur supposé fief.

 

Quand ces reconvertis ont fini le cycle, ils sont livrés sur le marché de la propagande et sont prêts à remplacer Jésus ou Mahomet sinon même Dieu par Boni YAYI. Au pire, la provocation des humains peut rester impunie et sans conséquence. Dans le meilleur des cas elle peut avoir une suite dans trois (3) ans derrière les isoloirs dans les urnes. Mais la provocation de Dieu ne saurait rester impunie. Dieu est magnani­me et peut tolérer les errements de ses fils. Mais en bon chrétien, je crois sincèrement que la magnanimité du « très haut » a des limites. C’est pourquoi, la crédibilité et la fiabilité de la parole de Boni YAYI, supposé plus diligent que Dieu, sont mises à rude épreuve. L’apologie creuse et les éloges vides prononcées par des gens qui n’y croient pas eux-mêmes se dégonflent d’elles mêmes. Tous les apostats qui comparent et préfèrent Boni YAYI à Dieu sont vaincus au nom de Dieu.

 

« Yagbe » ou l’offense à Dieu

 

Tout a commencé il y a environ trois (3) semaines à YAGBE à Akpakpa à Cotonou. YAGBE est un véritable réservoir de voix PRD. Un nid d’électeurs PRD. En pré-campagne, pardon, en visite dans un des quartiers populaires d’Akpakpa, plus précisément à YAGBE, le Chef de l’Etat s’arrête « par hasard », je veux le croire, devant une école primaire abandonnée. « Touché » comme à chaque fois par la misère de « son » peuple, il ordonne au génie militaire de détruire le bâtiment laissé en ruine par les régimes « incapables » afin d’y construire rapidement deux modules de trois classes. Les populations applaudissent naïvement de bonne foi et les chantres de l’émergence embouchent la trompette des miracles du Président-Messie, « Dieu du changement ».

 

Dans la foulée, le Gouvernement déroule la technique du mirage. Dans les médias comme sur le terrain à YAGBE. D’abord, les militaires s’engagent. Ensuite, Armand Zinzindohoué, Ministre des travaux publics répète le refrain déjà connu des Béninois : « Le Président YAYI aime son peuple. Il est proche de son peuple. C’est le Président du peuple. Il a un projet pour vous. Dès demain, des équipes techniques viendront évaluer vos besoins ». Et comme d’habitude, aussitôt dit, aussitôt oublié. Cap sur une autre commune avec les mêmes promesses mais décidément toujours sans suite. C’est donc à YAGBE que Robert CAKPO a poussé loin la provocation. C’est à YAGBE qu’il a décidé d’attirer sur Boni YAYI, la colère de la nature. La colère de la nature qui s’abat sur notre Chef se traduit par l’Etat de ruine de YAGBE. C’est peut être un rappel de Dieu qui met la parole de Boni YAYI à l’épreuve. Mais malheureusement, la colère de la nature met également le pays et son peuple en souffrance.

 

Depuis que Boni YAYI est proclamée Dieu, depuis que ses courtisans l’ont décrété plus efficace que Dieu, la réalité est celle-ci : Au 22 février 2008, l’école de YAGBE est toujours dans son état de ruine. Malgré la parole du Président de la République, malgré aussi les garanties données par le Génie militaire, malgré enfin les assurances du tonitruant Ministre des Travaux Publics, YAGBE reste une banale promesse de pré-campagne. Les populations qui ont applaudi regrettent de s’être inutilement fait mal aux mains. L’élu qui a mis Boni YAYI au-dessus de Dieu est introuvable. Le mercredi 20 février 2008, Habib KOUKOUBOU, un des jeunes talents du Paysage Audiovisuel Béninois a expliqué au Journal Télévisé de 13 heures sur CANAL 3 qu’il y a comme une revanche de Dieu sur Robert CAPKO et les commanditaires de sa provocation. YAGBE étant toujours dans son état de ruine et les promesses de Boni YAYI à YAGBE s’étant envolées comme une fumée.

 

La banalisation constante de la parole de l’Etat

 

Si mon frère Robert CAKPO avait été plus attentif à la parole mais aussi aux faits et gestes de son nouveau patron, il aurait tourné trois (3) fois sa langue dans la bouche avant de proclamer la suprématie de Boni Yayi sur Dieu. A mon frère et ami et à tous les apostats sans foi ni loi qui enfument les Béninois de leur encens nauséabond et toxique, je voudrais rappeler que si la parole de l’Etat avait encore un sens et du crédit au Bénin, ça fait longtemps que Global Com aurait dû être opérationnel. Le Gouvernement a dit aux Béninois que l’opérateur de téléphonie GLO, qui devrait nous sauver de la crise des GSM, serait opérationnel avant Novembre 2007. On est en février 2008 et toujours pas GLO. Le Chef de l’Etat a dit aux populations de la Vallée de l’Ouémé que la route Dangbo-Ouinhi-Kpèdékpé serait bouclée très rapidement. Visites sur visites, les travaux sont au même niveau, et l’impatience des populations n’a pas décidé le « Dieu » de la Marina à faire un de ses « miracles ». Demandez aux centrales syndicales s’ils ont eu ce que le Chef de l’Etat leur a promis dans le délai qui leur a été demandé. Même pas les mesures sans incidence financière. Demandez aux étudiants s’ils tiennent à ce que le Président YAYI leur verse son sang pour leur cause ? Demandez aux Béninois s’ils ont finalement eu la turbine à Gaz promise par le Gouvernement dans le délai de six (6) mois annoncés ? Demandez aux Porto-noviens s’ils ont reçu les 5 milliards promis par Boni YAYI un dimanche matin pour le lendemain matin pour la finalisation des travaux de construction du state Charles de Gaulle. J’arrête volontiers la liste. Restauration de l’autorité de l’Etat oblige.

 

Les promesses non tenues sont devenues ordinaires au Bénin. Les engagements pris mais vite ignorés ont été déjà expérimentés autant par les acteurs politiques que par les populations. Au nom de quoi donc élever Boni YAYI au-dessus de Dieu ? A quoi peut donc servir une provocation aussi gratuite ?

 

Le silence suspect des évangélistes du « changement »

 

Ce qui m’a le plus interpellé, c’est que cette offense à Dieu a été faite sans qu’aucune voix ne se soit élevée. Ni par le Chef de l’Etat lui-même qui pourtant professe sa foi en Dieu, ni par ses Ministres pasteurs. Cette offense à Dieu a été faite dans le silence le plus total. Pas une seule réaction des nombreux « born again » et des évangélistes à la mode, tapis dans les rangs du Palais, du Gouvernement et de « leur » société civile.

 

Et pourtant, ces « born again », ces évangélistes du « changement » sont si prompts à sortir commu­niqué sur communiqué. Ils sont si prompts à organiser conférence de presse sur conférence de presse, bref à monter au créneau à chaque fois que le moindre citoyen élève la moindre critique contre Boni YAYI. L’offense qui est faite à Dieu par un des reconvertis au « Yayisme » n’a hélas fait bouger aucun d’entre eux. Ils m’excuseront, je pense qu’un évangéliste qui se voit obliger de former un mouvement politique pour défendre, au nom de sa foi et d’une supposée « éthique », un Président de la République, mais qui n’est pas capable au nom de la même foi en Dieu de s’indigner contre la comparaison de Boni YAYI à Dieu, n’est qu’un trafiquant de « foi ».

 

Face au silence de tous ces  « born again », de tous ces hommes de « foi » qui prient avant toute réunion officielle, on peut être tenté de leur nier leur foi. On peut même les soupçonner de commercialiser leur supposée foi ou d’exploiter cette filière religieuse afin de s’assurer une promotion professionnelle et politique que leurs qualités intrinsèques ne suffiraient pas à garantir. Ce qui est sûr, Dieu, si haut, si éternel est étranger à leur activisme faussement religieux.

 

  Et pourtant, un ancien élu, nouvellement caurisant fraîchement initié au Yayisme suivant la notice et le mode d’emploi conçus depuis la Marina, a dit que « Boni YAYI est plus que Dieu ». Nos bonnes consciences, ces moralisateurs de la République n’ont rien dit. Ils se sont tus, sans doute convaincus que « Boni YAYI est plus que Dieu »

 

A quoi sert donc d’avoir une foi aussi fiévreuse, si ce n’est pas pour célébrer Dieu ?

 

Béninois, reprenez en cœur avec moi, « Seigneur pardonne-leur leurs péchés car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

C’est ma conviction profonde.


23/02/2008
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Vive la démocratie,


 et donc que vive le …
« complot »


 

Par Frédéric Joël AIVO

www.joelaivo.info

 

Je pense que se réfugier derrière l'action supposée des autres pour expliquer ses propres insuffisances et surtout les conséquences d'une politique approximative et peu méthodique est assimilable à la politique de l'Autruche. On ne peut longtemps se cacher derrière son petit doigt, les gens finiront par vous voir. On ne peut non plus conduire un peuple à coup d'effets d'annonce, d'incantations et de promesses. Michel Rocard ne disait-il pas que « qui sème la démagogie récolte la colère du peuple » ? Analysant les nombreuses crises maladroitement ouvertes par le Chef de l'Etat lui-même, je pense sincèrement, contrairement à ce que pensent beaucoup, que notre pays est rentré dans une phase de normalisation politique et sociale. Les choses fonctionnaient trop anormalement depuis avril 2006.  

 

Je soutiens que le supposé complot politique monté contre le Gouverne­ment par la classe politique et les syndicalistes est la conséquence de la banalisation de la parole de l'Etat. C'est le fruit de promesses faites mais non respectées. Pro­messes aux enseignants, promesses faites aux partis de sa majorité, mais toutes non tenues. C'est également la conséquence d'une série de provocations. Provocation des magistrats, provocation des douaniers, provo­cation récente des journalistes. Non content d'avoir muselé une certaine presse et contribué « efficacement » à son déclassement au plan international, voilà le Chef de l'Etat qui profère  ouvertement des menaces contre les journalistes. Quelle drôle de conception de la démocratie !

 

Je n'ose plus ajouter la provocation des partis politiques. D'aucuns diront que c'est de bonne guerre. N'empêche qu'il est établi que le régime actuel développe un mépris constant à l'égard des partis et de leurs chefs. Il est établi que le même Gouvernement travaille au moins à l'abêtissement des partis politiques, sinon à leur éclatement. Le régime FCBE veut affaiblir les grands partis politiques au profit de regroupements d'intérêt et circonstanciels. Un regroupement d'individus qui s'auto-proclament leaders d'un fief dont ils n'ont pas le contrôle, de courtisans subitement devenus des politiques et de micro-partis incapables de sortir par eux-mêmes le moindre Conseiller municipal encore moins un Député. Aujourd'hui, partis politiques de la majorité présidentielle, notamment le G13, mais encore des Députés FCBE, Centrales syndicales dénoncent tous la ruse du Gouvernement et la banalisation d'un Etat dont on veut pourtant renforcer l'autorité.

 

Au total, la situation politique tendue, la rébellion contre le Chef de l'Etat organi­sée et conduite par ses propres partisans, la baisse de sa popularité dans les grandes villes, la remise en cause de ses politiques jugées précipitées, peu mûries, peu efficaces, le « change­ment » qui n'emballe plus grand monde et « l'émergence du Bénin » qui est réduite au seul slogan, bref le doute qui a gagné les Béninois, sont la faute du seul Gouvernement. Y voir des « comploteurs » ou associer à cette série de maladresses et d'échecs des adversaires politi­ques, est cynique et machiavélique. Je dirai presque que c'est un acte de désespoir. Mais au fond, c'est une attitude des régimes suspects qui inventent des complots pour mieux ennuyer le peuple et attaquer des opposants.

 

Comment peut-on d'ailleurs associer à deux ans d'échec, deux ans de politique infructueuse, des acteurs politiques qui ont plutôt au contraire laissé faire ? Comment accuser « d'activisme comploteur », ceux qui par leur silence ont honnêtement cru laisser des coudées franches au Président YAYI ? Sur ce laisser-aller, les Béninois reprochent à la classe politique et particulièrement au PRD d'avoir trop laissé le Gouvernement piloter à vue le navire Bénin. Mais le Gouvernement soupçonne les partis politiques de complots et s'étonne de la réaction de ses propres partisans qui s'aperçoivent de la ruse et qui sont fatigués par des promesses systématiquement non tenues.

 

A mon avis, et je le crois vraiment, le complot que dénonce le Gouvernement est en effet le retour progressif du pluralisme démocratique. Les contestations qui donnent l'insom­nie à la Marina marquent en réalité le réveil des forces vives de notre pays. Il me semble qu'est en train de renaître devant nous, le Bénin démocra­tique, celui qui a jadis fait la fierté de notre pays. 

 

C'est pourquoi, je soutiens qu'avec le réveil des forces syndicales, de la presse, des partis politiques et même des citoyens, le Bénin retrouve progressivement les équilibres d'une vie politique classique. Une vie politique ordinaire faite de débats, de contradictions y compris de contestation des orientations d'un Chef d'Etat lorsque celles-ci relèvent systématiquement de la ruse, d'une logique de force et de passages en force.

 

Le Président Kérékou l'a vécu et géré sans crier au complot. Le Président Soglo aussi. Les deux ont expérimenté les pires difficultés de la fonction. Et avec les syndicats et avec les partis politiques. Ils les ont géré avec le sang froid d'un homme d'Etat, dans le dialogue, la concertation, sans menacer, sans user et abuser de l'arme du redressement fiscal ou celui des limogeages. Ils l'ont fait sans promettre la pauvreté et l'isolement aux régions et communes dont les fils sont en cause. Les Présidents Kérékou et Soglo ont donc géré ces crises inhérentes à toute vie politique démocratique surtout sans ouvrir la chasse aux sorcières et surtout sans décréter des fatwa contre X ou Y. Les Présidents Kérékou et Soglo les ont géré surtout sans alerter et sans recourir au haut commandement militaire. J'ai le sentiment que nous commençons à nous amuser avec les symboles de la République, et surtout à banaliser l'hymne nationale entonnée à tord et à travers.

 

Mon intime conviction est que, comme un père de famille, un Président de la République, Chef de l'Etat, Chef du Gouvernement, Chef suprême des Armées, père de la Nation, est là pour le meilleur, mais aussi et surtout pour le pire. Habitué au monolithisme laudateur de ses courtisans, le Gouvernement était installé depuis le 06 avril 2006 dans un confort privatif de la liberté de pensée et d'expression des Béninois. C'est ce qui justifie qu'il soit aujourd'hui irrité par le regain démocratique. Le retour du pluralisme politique et le développement de l'esprit critique des Béninois donne l'insomnie au Gouvernement qui ne semble plus avoir la maîtrise de la parole publique. Et donc irrité et agacé par la libération de la parole publique, coincé entre les feux nourris des centrales syndicales, des partis de sa majorité, confronté à une baisse continue de popularité, le Gouvernement perd ses nerfs, crie au complot politique et s'en prend aux journalistes. Quand la presse encense le Chef de l'Etat et loue les actions de son gouvernement, les journalistes sont « bien inspirés » et « bien formés ». Mais quand la même presse critique le manque de vision du Chef de l'Etat, l'approximation de son action et les menaces qu'il fait peser sur la démocratie, les mêmes journalistes sont « mal formés » et sont « manipulés » par des opposants qui n'aiment pas leur pays. Quelle drôle de conception de la démocratie !

 

L'unanimisme qui a succédé à l'élection du Président YAYI, je veux dire le calme plat politique antérieur, l'apologie du Président-Dieu, l'intolérance à l'égard de tout contradicteur, les louanges d'actions et de bilans imaginaires, les flatteries de plaisantins à la recherche de postes politiques ou encore les marches de soutien organisées par des vendeurs de papier rame et de produits d'entretien pour l'administration, étaient le résultat d'un bal masqué qui ne reflétait pas l'état d'esprit réel des Béninois à l'égard du Président YAYI.

 

Si les Béninois sont aujourd'hui devenus incrédules, dubitatifs et sceptiques sur les chances de succès du changement et de l'émergence proclamée du Bénin, c'est n'est pas la faute à ceux qui n'ont pas été élus. La baisse de popularité du Président YAYI, et la contestation généralisée qui s'ensuit, est d'abord et avant tout la contestation d'une méthode et d'un mode de gouvernement. La méthode contestée s'appelle la ruse et le mode de gouvernement auquel résistent les Béninois s'appelle la force et l'intimidation.

 

Les masques tombent et l'unanimisme abêtissant se meurt,

Vive la démocratie et donc que vive le ………............... « complot » !

 

C'est ma conviction profonde.


06/02/2008
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DISCOURS SUR L’ETAT DE LA NATION


Les « non-dits », « peu-dits » et « trop-dits » de Boni YAYI sur son bilan 2007

 Dr. Frédéric Joël AIVO



Comme la tradition l'impose, le mois de décembre ouvre le bal des bilans et des points. Chacun fait le point de sa vie personnelle, familiale et professionnelle. Bref nous faisons tous à l'arrivée, le bilan de notre accomplissement social. Mais le bilan peut aller au-delà du cercle restreint de la famille.

 Quelques amis PDG et chefs d'entreprise que je me suis faits en un an de présence au Bénin, s'affairent pour leur bilan. D'autres qui ont eu la responsabilité, non d'une entreprise, mais d'une Nation nous ont livré « leur version » de ce qu'ils ont fait de notre pays. Un individu peut se mentir à lui-même et s'auto-encenser. Un chef d'entreprise peut tronquer un bilan de fin d'exercice. Mais un homme politique qui plus est, un Chef d'Etat n'a pas le choix, car son bilan est vécu des citoyens.

 Le bilan du Président YAYI est connu des Béninois. Nous le savions déjà puisque nous l'avons vécu. Je pensais qu'au nom de la morale politique, son interprétation ne devrait être qu'une. Je pensais qu'il ne devrait exister du bilan du Président Yayi pour l'année 2007, qu'une seule version.

 Mais depuis le 28 décembre 2007, date de son discours sur l'état de la Nation à la tribune de l'Assemblée Nationale à Porto-Novo, je me suis rendu compte qu'il peut y avoir deux versions de ce vécu. Celle du Chef de l'Etat lui-même et celle des Béninois. Et mon impression est renforcée par les vœux adressés à la Nation le 31 décembre par le Président de la République à la télévision. La version présidentielle est apologique, fictive, coupée du vécu des populations. L'autre version, celle du citoyen ordinaire est concrète, authentique et vraie. Elle fut vécue des Béninois tout au long des 12 derniers mois.

 A l'analyse, la version du Chef de l'Etat est complètement à l'opposée de ce que retiennent ses compatriotes. En politique, il ne suffit plus de promettre ni de professer sa foi ou encore de déclamer ses convictions. Il faut faire, il faut réaliser, il faut changer sa société et il faut surtout et absolument changer qualitativement la vie de ceux qu'on dirige.

 Penché sur la métamorphose du Président YAYI, elle renvoie l'image d'un « magicien » qui se surprend de ne pas savoir faire des miracles. Le sentiment des Béninois aujourd'hui est celui de déception. La déception qui habite celui qui a payé sa place de spectacle mais qui est face à un magicien qui ne sait pas faire de miracles. On comprend dès lors l'embarras du « magicien » qui promettait monts et merveilles mais qui est incapable d'assurer le spectacle pour lequel il a déjà fait payer des places. Mais le plus dur pour les Béninois, c'est quand celui qui a été élu pour leur proposer des solutions et surtout pour « changer » qualitativement leur vie, les confie à Dieu. Le plus dur, c'est quand le Chef de l'Etat place l'année 2008 sous « le signe de la prière et du jeûne » comme solution aux problèmes du pays.

 Un politologue dira que Boni YAYI est atteint du syndrome narcissique qui éloigne et enferme un homme d'Etat dans sa propre contemplation. Un nombrilisme qui amène un Chef d'Etat à tout ramener à lui. Ainsi, les miracles opérés dans les Eglises, dans les couvents seraient le produit de son action, même les prouesses individuelles des citoyens seraient le fait du Chef de l'Etat à l'en croire. Or la vérité est claire

 Le bilan YAYI en 2007, comme j'ai pu l'écrire par ailleurs, est un Bilan fait de martèlement d'intentions, d'incantations idéologiques, de profession de foi et de proclamation de vœux pieux du style « Bénin émergent », « prospérité partagée », « gouvernance concertée » etc. Dans la réalité, le Bénin dont parle le Président YAYI est seulement proclamé « émergent ». La prospérité qui est dite « partagée » n'est « partagée » que par les oligarques du pouvoir. La gouvernance qui est dite « concertée » est en fait une « gouvernance concentrée ». L'action du Chef de l'Etat tout au long de 2007 est vite résumée. Elle est faite principalement de coups médiatiques sans suite ni conséquence positives, de spectacles et de récréation.

 Si les partisans du Chef de l'Etat font un petit effort d'objectivité, ils confesseront sans grande difficulté que le bilan 2007 de la Présidence YAYI est un bilan résumé en coup de vent. Et j'avoue que j'ai été particulièrement étonné de voir le Président de la République reprendre dans son bilan des intentions jamais réalisées, des projets mal conduits ou encore des incantations idéologiques dont il a pratiqué le contraire dans la réalité. Un compatriote de la diaspora a même osé le mot qui me tente mais dont je n'ai pas le courage. Il a parlé de « d'agrégat de mensonges » (Cf. regardsurlebenin@gmail.com - http://www.regard-benin.blogspot.com). Et oui je n'en ai pas le courage ! Si j'étais encore à Lyon, peut être. Mais je suis à Cotonou et les temps ont bien changé. Donc je renonce à reprendre mon compatriote dont je loue cependant le courage.

 J'invite chacun de nous à reprendre les discours de fin d'année du Chef de l'Etat. Par souci de pédagogie, je prendrai des exemples précis.

 

CHOMAGE DES JEUNES, SERVICE MILITAIRE

 Sur le chômage, personne ne peut objectivement soutenir que le Président de la République a pris une mesure courageuse qui fasse entrevoir des perspectives claires aux nombreux jeunes au chômage. Les formules sont les mêmes depuis les Présidents Soglo et Kérékou. Emplois précaires, précarisant, appauvrissant, clochardisant sans aucune sécurité juridique. Et les Gouvernements YAYI n'ont rien changé à ces formules fatalistes. Le changement attendu par des jeunes gonflés d'espoir en avril 2006 n'a pas eu lieu. Le Gouvernement s'essaie sans succès à un recyclage de vieilles formules usées par le temps et l'inefficacité.

 Au lieu d'entreprendre, dans le monde du travail, les réformes souhaitées, au lieu de soutenir les entreprises qui offrent les seuls emplois décents et sécurisés, le Gouvernement offre aux jeunes un Forum qui n'est qu'une palabre de plus, après les nombreuses causeries organisées depuis 17 ans. Au lieu de réformes de fond, le Gouvernement réintroduit, dans un relent marxisant et rétrograde, le service militaire et lui trouve des vertus contre le chômage des jeunes. Ni au Bénin, ni ailleurs, le service militaire n'a jamais eu pour ambition d'aider les jeunes à sortir du chômage. Comment d'ailleurs soutenir vouloir sortir les jeunes du chômage avec 40.000 francs CFA par mois seulement sur 12 mois sans aucune certitude quant à l'avenir. Nos gouvernants l'affirment pourtant et le Président YAYI le reprend. Je le redis, je persiste et je signe, le service militaire n'a jamais eu une vertu économique. Il n'a jamais eu pour but de mettre les jeunes au travail. Il n'a servi à cela nulle part au monde. Il en sera ainsi au Bénin. La réintroduction d'une telle formule avec une facture chiffrée à plusieurs milliards par édition symbolise à mes yeux l'incapacité du Gouvernement à proposer aux jeunes des emplois décents et durables.

 

LES DOSSIERS SOCIAUX ECONOMIQUES MAJEURS

 La hausse des prix et la vie chère. L'incapacité du Gouvernement a été également remarquée sur plusieurs dossiers pourtant majeurs. C'est le cas de la hausse des prix des produits de première nécessité. Cette hausse était pourtant prévisible. Tous les économistes et autres spécialistes de la consommation l'attestent. De ce point de vue, il n'est donc pas tolérable que le Gouvernement qui dispose de tous les leviers, y compris des cadres les plus compétents n'ait pas anticipé cette hausse. Pire, la réponse du Gouvernement fut archaïque car purement bureaucratique. Comment vouloir fixer le prix du sucre, de l'huile voire de l'akassa depuis la salle du Conseil des Ministres ? Le Bénin n'est ni Cuba, ni la Libye, ni l'Ouzbékistan encore moins la Corée du Nord !

 Et comme on pouvait s'y attendre les mesures du Gouvernement qui sont propres aux économies marxistes et planifiées, à forces d'être bafouées par les commerçants ont échoué et obligé les Ministres à courir de marché en marché, d'étagère en étagère pour contrôler les prix. La gestion de la hausse des prix ne saurait donc entrer dans un bilan de fin d'année. Si oui, ça ne peut être que dans le passif.

 Gestion problématique du Coton. Plus personne n'entend rien. On entend rien du coton parce qu'il n'y a rien à dire. Comme on commence désormais à connaître nos princes, s'il y avait quelque chose à dire, je dirai à vendre, on l'aurait su ou acheté même contre notre gré. Mais là aussi, les fruits n'ont pas porté la promesse des fleurs. Pour la deuxième fois, et malgré les milliards engloutis, malgré les mérites vantés du nouveau dispositif importés des pays modèles comme le Burkina et le Mali, malgré aussi les moyens en ressources humaines déployés, le Coton est mouillé. La production est très loin des objectifs annoncés. Des 600 milles tonnes annoncées, on n'en produit que la moitié. Deux ans d'échec confirmé. Est-ce la fin de l'âge d'or de l'or blanc ou la conséquence d'une succession  de managements approximatifs du secteur ? Sur ce chantier comme sur bien d'autres, le Chef de l'Etat a déjà avalé sa promesse de campagne phare. Ici encore, pas moyen de le mettre dans un bilan. Sauf dans le passif.

 Les échecs avoués. Point n'est besoin de revenir sur certains dossiers sur lesquels le Président Boni YAYI a eu l'honnêteté intellectuelle et politique de confesser lui-même dans ses discours son échec. C'est louable. Même si l'issue pour prendre des distances vis-à-vis de la vérité était étroite. C'est le cas par exemple de la crise énergétique qui continue de plonger les ménages dans le noir, et les PME-PMI dans la morosité économique. Le Président YAYI a évoqué lui-même les inondations dont les conséquences sociales et sanitaires sont depuis des décennies mal gérées. Il a évoqué aussi la crise des GSM dont il semble avoir tiré les enseignements élémentaires de management des politiques publiques.

 Les échecs inavoués. Hélas, les discours présidentiels de fin d'année ne font pas mention des ratées de la rentrée scolaire, des échecs massifs et mal gérés aux différents examens scolaires ou encore de l'impréparation et de la précipitation de projets jugées pourtant essentiels pour le système éducatif. Ils ne font pas non plus mention de la mauvaise gestion des cadres béninois et des ressources humaines de l'Etat. Cette mauvaise gestion se traduit par le refus de nommer des compétences à des postes dont ils ont pourtant le profil. Les raisons de la discrimination sont parfois politiques, ethno régionalistes, et de plus en plus religieuses. C'est ce qui justifie que les mêmes personnes parfois incompétentes, souvent peu qualifiées pour le poste, soient utilisées par le Chef de l'Etat en moins d'un an pour occuper soit successivement, soit cumulativement trois à quatre fonctions à la fois. J'oserai dire que c'est un vrai gâchis. Je dirai même que c'est inacceptable lorsqu'on sait que Boni YAYI a été élu parce que apolitique et donc supposé capable de rassembler au-delà des clivages et de réunir les meilleurs talents, d'où qu'ils viennent, pour développer notre pays.

 Comptes occultes et fastes présidentiels. Le Chef de l'Etat aurait également pu lui-même regretter le développement au Bénin depuis son élection de la pratique des comptes occultes, des dépenses inopportunes, somptueuses et fastueuses. Dans un pays qui revendique une gouvernance propre, l'assainissement des finances publiques, je ne suis pas sûr qu'il soit admis que des milliards provenant des escortes de véhicules d'occasion continuent d'échapper au contrôle des finances publiques et de l'Assemblée Nationale. Dans ces conditions, les Béninois ont alors raison de parler de prolifération de comptes occultes et de multiplication de fonds secrets, voire de financements opaques de certaines activités du Chef de l'Etat. Ces qualificatifs s'imposent d'autant que l'Assemblée Nationale qui autorise les recettes et les dépenses de l'Etat, ne connaît ni la localisation de tant de milliards, ni l'usage qui en est fait, ni la nature, encore moins la qualité de ces dépenses. Il faut souhaiter que 2008 fasse tourner la page des dépenses occultes et du financement opaque des activités de l'Etat. La budgétisation des recettes de l'Etat doit rester le principe et les fonds secrets, l'exception.

   Dans ses vœux, le Président YAYI aurait aussi pu prendre l'engagement de faire baisser les charges qu'occasionnent au budget de l'Etat, ses nouvelles aises. Par exemple son goût de sillonner le pays en hélicoptère ou de faire voyager les rois d'Abomey de Tchaourou à Abomey en avion spécialement affrétés à cette fin. Sa volonté de chercher à tout prix à caser ses « géniteurs » et donc de créer pour ses amis de campagne, ceux qui l'ont fait roi, des institutions creuses et budgétivores comme le Haut Commissariat à la Gouvernance Concertée. J'aurais aussi aimé que le Chef de l'Etat s'engage à ne pas multiplier des Conseillers et des Chargés de mission pour le simple plaisir de remercier. Bientôt comme au Gabon, ou au Cameroun, il ne sera plus possible d'avoir une idée précise des collaborateurs du Chef de l'Etat, tant ils deviennent pléthoriques et inutilement budgétivores.

 A l'orée de la nouvelle année, il aurait été aussi souhaitable que le Président YAYI envoie à ses concitoyens qui le croient encore des signaux positifs. Qu'il joigne simplement l'acte à la parole pour continuer à retenir notre attention. Alors qu'il dit vouloir remettre le Bénin au travail, alors qu'il dit travailler pour un Bénin émergent, pourquoi avoir vidé l'administration publique pour remplir un stade à des fins festives ? Comment comprendre que le Chef de l'Etat ait décidé de chômer un Jeudi, jour d'ouverture de l'administration, pour permettre aux travailleurs d'aller assister à un spectacle qui, par ces temps de morosité continue, n'emballe pas grand monde. Mais l'acte n'est pas isolé. Tout au long de l'année, aux jours ouvrés et aux heures de travail, la Présidence de la République a régulièrement invité les populations, par voie de presse à « se rendre massivement » aux poses de premières pierres ou aux manifestations de moindre importance. Quelle drôle de culture d'excellence !

 

CONSOLIDATION DE LA DEMOCRATIE

 Le Chef de l'Etat a revendiqué le renforcement du cadre institutionnel contrairement au bilan qui fut le sien dans ce domaine. Sur le plan politique et institutionnel, le bilan du Chef de l'Etat est fait de violation de la Constitution, de musellement des médias, d'étouffement du pluralisme politique et surtout de tentative de substituer l'Exécutif à tous les autres pouvoirs. La Cour Constitutionnelle vient de rendre une décision qui donne raison aux Magistrats contre le Gouvernement. Comment suspendre unilatéralement l'exécution des décisions rendues par la justice sans mettre en souffrance le sacro saint principe de la séparation des pouvoirs ? Cet acte du Chef de l'Etat était un précédent grave et même une menace pour notre pays si désormais le Président de la République peut sélectionner les décisions de justice dont le Gouvernement doit assurer l'exécution.

 Je ne veux pas revenir sur les nombreuses décisions anticonstitutionnelles du Gouvernement, sur ses initiatives juridiquement problématiques, sur ses errements constitutionnels ou encore sur les passages en force juridiques et politiques faits par l'équipe au pouvoir. Bref, la vertu politique attendue du Président YAYI, l'orthodoxie morale et politique dont il doit naturellement être porteur ont, durant ces 12 derniers mois, fait place à une série d'actes moralement indigestes et menaçant notre édifice démocratique.

 En fait d'actes moralement indigestes, j'ai le cas de personnes livrées par le Gouvernement à la vindicte populaire. Les unes présentées comme des délinquants économiques, les autres comme des criminels, d'autres encore comme de mauvais gestionnaires. Mais, dans le même temps, le même Gouvernement sollicite leur soutien politique et bénéficie de leurs voix lors des votes à l'Assemblée Nationale. Je ne veux pas parler des Députés « officiellement » recherchés par le Gouvernement mais qui paradent le week-end à Ouidah, à Tori-Bossito, à Toffo ou à So-Ava en meetings et marches de soutien au Chef de l'Etat. Le ridicule est parfois que ces Députés « recherchés » et livrés à l'opinion pour délinquance économique et financière, sont accompagnés de la Première Dame, pour aller rechercher du soutien politique au Chef de l'Etat dans les villes et campagnes. Si ce n'est de la duperie, c'est au moins de l'insincérité politique ou tout au moins un vrai bal masqué politique. Mais je sais que personne n'est dupe. Ni eux, ni les Béninois. Tout cela, ajouté aux options politiques, absolutistes, liberticides et monolithiques, participe des menaces perceptibles sur notre démocratie.

 Après les Magistrats menacés dans leur indépendance mais rétablis par la Cour, ce sont les Douaniers qui sont exposés à ce qu'eux-mêmes appellent « la délinquance administrative ». Pourquoi nommer à la tête de la douane béninoise  un retraité, devenu depuis lors un politicien ? Magistrats, Enseignants et Douaniers font les frais d'une gouvernance imprudente. 2007 fut sur ce plan, 12 mois de provocation gratuite du pays, 12 mois de mise à l'épreuve des fondations sensibles de notre modèle démocratique.

 Un Editorialiste très célèbre de notre pays a déjà parlé à bon droit de ce « révisionnisme autocratique ». Il pointe, pointe encore et pointe toujours. Il pointe lentement mais sûrement et avec insistance. Si cette autocratie naïve qui feint de s'ignorer, parce que prenant les apparats d'un messianisme politico-religieux, continue de monter en puissance sans résistance et sans contre poids, non pas institutionnel, non pas aussi forcément politique, mais patriotique et citoyen, elle risquerait comme tous les mouvements messianiques de nous conduire vers une destination déjà connue et redoutée.

 

LE DEBAT REGIONALISTE : VRAI OU FAUX DEBAT ?

 Il faut reconnaître que le vocabulaire présidentiel de ces derniers mois s'est enrichi de nouvelles expressions. « unité nationale », « cohésion nationale », « prospérité partagée », « gouvernance concertée », « Nation », « République » « Patrie » etc. reviennent très régulièrement dans le verbe du Chef de l'Etat. J'avoue que je me suis posé naïvement la question de la cause d'un regain d'attachement à ces valeurs.

 Mais je ne peux m'abstenir de m'essayer à quelques observations et analyses. La principale observation est en même temps une conviction établie par la méthode YAYI. Le renouvellement du vocabulaire présidentiel, est une opération de charme et de séduction. Car dans le domaine du rassemblement des Béninois et de l'unité nationale, la parole du Président est en conflit avec ses propres actes. La parole présidentielle est aussi soumise à la rude concurrence déloyale des actes et propos de ses collaborateurs les plus intimes.

 Avec Boni YAYI, on est tenté de dire que la région et l'ethnie semblent prévaloir sur les compétences et les fonctions.

 Tenez. Comment comprendre que sur une question liée à l'agriculture, notamment au coton, que d'autres Ministres se substituent à celui en charge de l'agriculture ? Comment comprendre que le Chef de l'Etat envoie aux cotonculteurs du Nord de notre pays, les Ministres originaires du Nord, pour le simple fait qu'ils soient du Nord. Parce qu'ils sont du Nord, sont-ils pour autant plus compétents, plus autorisés que Roger Dovonou, Ministre en titre de l'agriculture ?

 La gestion ethniciste et régionaliste du dossier coton par des Ministres du Nord est peut être une erreur. Je l'admets. Mais les faits sont têtus et tendent à confirmer qu'il s'agit d'une méthode de gestion du pays.

 Tenez encore. La fraude gangrène l'Université de Parakou et a infecté toute la Faculté de Droit. Le vice-Doyen est démis de ses fonctions, des enseignants sont limogés et exclus de l'Université. Bref, l'Université est en crise. Pour gérer cette crise ouverte à l'Université de Parakou, établissement sous tutelle du Ministère de l'Enseignement Supérieur, à la suite de Mme Vicencia BOCO, Ministre de l'Enseignement Supérieur, le Gouvernement envoie deux autres Ministres qui ne sont ni concernés, ni compétents en la matière. Mme Sakinatou ALFA OROU-SIDI, Ministre de la Micro Finance, et M. Emmanuel TIANDO Ministre de la Fonction publique. Mais, parce qu'originaires des Départements du Nord où est implantée l'Université, sont-ils pour autant automatiquement aussi compétents sur le sujet que Mme Vicencia BOCO ?

 A vrai dire, je pense qu'il s'agit de dérives graves que de faire prévaloir l'appartenance régionale et ethnique sur les attributions que confère une fonction républicaine.

 Je ne veux pas revenir sur la supposée lutte contre la corruption qui en vérité est faite à géométrie variable. En dehors d'être une pure opération de communication, parfois un coup de vent, la supposée lutte contre la corruption est fondamentalement sélective et est menée à la tête du client. Je ne veux pas davantage continuer à remuer le couteau dans la plaie. Autrement, j'aurais aimé aussi savoir pourquoi Mathieu Boni a été le seul Général de Division de tous les Généraux nommés par le Président YAYI et pourquoi a-t-on attendu des remous dans l'opinion pour élever précipitamment des mois plus tard le Général Félix HESSOU au même grade de Général de Division que Mathieu BONI ? Mais je renonce à avoir la réponse à cette question.

 La parole présidentielle est en conflit avec la conduite des Ministres. Pourquoi certains Ministres et pas des moindres se sentent-ils obligés de retourner dans leur village le week-end pour aller flatter la fierté communautaire des leurs en faveur du Chef de l'Etat ? En remerciement au Chef de l'Etat, plusieurs de ses Ministres ont déjà à maintes reprises, en meeting, brandi, la liste des fils de la commune nommés à divers niveaux de responsabilité par le Président de la République. Pourquoi le font-ils quand on sait que pendant ce temps, plusieurs villages, plusieurs communes et même plusieurs communautés de ce même pays ne sont pas capables d'aligner un seul nom des leurs nommé par Boni YAYI ? N'appartiennent-ils pas à la même Nation que les autres ? Doivent-ils regretter d'être Béninois ? Au total, un tel acte est politiquement dangereux.

 Parce que le vocabulaire présidentiel si séduisant et si rassembleur, est en conflit avec les actes du même Chef de l'Etat, je pense que le Président YAYI a tort de penser que la parole vaut l'acte. Je pense qu'il a tort de penser qu'il suffit de parler d'unité nationale pour qu'on le crédite d'y travailler.

 

DISTRIBUTION FACILE D'ARGENT OU « TRAVAILLEMENT » PRESIDENTIEL ?

 Je n'occulterai pas mon étonnement et mon ébahissement devant une pratique nouvelle instaurée par la présidence YAYI qui prétend pourtant vouloir tout changer et assainir les mœurs politiques. En langage festif du « coupé décalé », on parlerait de « travaillement » comme un célèbre musicien ivoirien qui arrose ses admirateurs d'espèces sonnantes et trébuchantes.

 Au Bénin, il s'agit de la distribution sans contrôle et sans retenue de billets de banque par le Chef de l'Etat lui-même. Vingt millions par ci, Vingt-cinq millions par là. Sur quel budget ? Personne n'est capable de le dire. Vu la dimension que prend la distribution de billets de banque dans la gouvernance YAYI, il n'est pas interdit de penser qu'elle cache mal l'impossibilité du Chef de l'Etat à changer structurellement le cours des choses comme il l'a pourtant promis. A défaut, il a choisi de proposer à ceux qui sont arrosés d'argent facile, un mirage et la sensation d'un bien-être immédiat mais illusoire.

 A défaut de politiques durables et fiables le Gouvernement préfère calmer les populations à coût d'argent frais. Les Zémidjans invités au Palais sont repartis avec des millions frais. Les jeunes, après leur Forum dont ils n'attendent aucun résultat, sont allés prendre des millions frais à la Présidence de la République. Les artistes, par deux fois, ont été arrosés de près d'une cinquantaine de millions pour service rendu au Chef de l'Etat et non aux spectateurs qui ont vite compris que ce spectacle n'avait rien de divertissant.

 Après les artistes, ce fut les personnes handicapées qui sont repartis de la présidence avec des millions aussi. Ceux qui ont besoin d'une vraie volonté politique et d'une vraie politique, soutenue par une réelle réglementation de protection sociale et d'insertion socioprofessionnelle, n'ont eu pour toute réponse que la même proclamation de foi et une illusoire enveloppe de quelques dizaines de millions à se partager.  C'est sans compter les plusieurs autres groupes qui ont été arrosés de millions par la Présidence. 2008 s'ouvre et fait entrevoir des échéances électorales proches et lointaines. A qui donc le tour et quelle sera la consistance des nouvelles enveloppes ? bien malin qui le prédira.

 2007 est heureusement derrière nous. Puisse 2008 ouvrir pour chacun et pour notre pays, l'ère d'une gouvernance moins éprouvante et surtout de qualité.

 

C'est ma conviction profonde

 

Frédéric Joël AIVO

www.joelaivo.info


07/01/2008
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18 mois de Boni YAYI au Pouvoir.

L'interview exclusive de FJA qui passe au scanner les grands dossiers du mandat YAYI.

Cette interview a été donné au Magazine béninois "Nouvelle Donne expertise" dans la rubrique regards croisés où le jeune politologue, désormais une des consciences critiques du "Yayisme" a confronté ses vues à celles du Professeur Roger Gbégnonvi, aujourd'hui Ministre de l'Aphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales, sur l'action du Chef d'Etat béninois depuis son accession à la magistrature suprême. Lisez plutôt.


 « Après 18 mois, la gouvernance Yayi ne rassure toujours pas »
Par Frédéric Joël AIVO
Docteur en science politique, diplômé de droit public
Enseignant de science politique à la Faculté de Droit
et de Science Politique et à
l'Ecole Nationale d'Administration
et de Magistrature (ENAM)

Pour apprécier objectivement le mandat du Président YAYI, à peine à mi parcours, il faut retourner aux promesses que portait Boni Yayi alors candidat dit du changement. Quelles étaient les préoccupations des Béninois au soir du régime Kérékou ? Et quels étaient les espoirs, j'allais presque dire, les illusions que le candidat Yayi alimentait du fait de son double statut de Président d'institution bancaire régionale et d'homme apolitique ?

Les défis n'étaient pas politiques. Ils étaient essentiellement managériaux et liés à la gestion des biens publics. Il y avait des problèmes économiques et sociaux qui attendaient du successeur du Président Kérékou, de vraies réponses et des options claires. Sans occulter l'actif du Bilan Kérékou, dont le Gouvernement actuel s'attribue subtilement le mérite, il faut reconnaître que le passif laissé par 10 ans de gouvernance Kérékou est particulièrement lourd. Un collègue universitaire officiant en Côte d'ivoire a pu alors écrire, à bon droit d'ailleurs, que le successeur de Mathieu Kérékou devrait surtout s'investir d'un devoir d'impopularité. Car les réformes structurelles à entreprendre, aussi bien au plan économique que social sont d'une telle profondeur qu'elles ne pouvaient qu'être impopulaires. Ce sont des réformes qui certes bousculent aujourd'hui nos habitudes, nos aises, et même notre mode de vie et nos petits intérêts immédiats. Mais elles ont l'avantage de sécuriser l'avenir et surtout laisser à la postérité un pays que nous serons fiers de leur léguer.

Mais contre toute attente, le début de mandat du Président Yayi est en demi-teinte. Demi-teinte parce qu'il faut donner à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui lui revient. Objectivement, il faut reconnaître que sous l'impulsion de Pascal Irénée Koukpaki, alors Ministre des Finances, un effort d'assainissement des finances publiques et des comptes de l'Etat a été amorcé. Il a permis d'arrêter l'hémorragie qui avait commencé par ronger l'économie nationale et le tissu social.

Mais au fond, pourquoi muter Pascal Koukpaki dont la communauté financière internationale et le corps diplomatique reconnaissent les mérites et saluent l'action au Ministère des Finances ? C'est un des mystères de la méthode Yayi. Sans faire des procès d'intention, il faut espérer que Soulé Mana Lawani, l'actuel Ministre des Finances, soit à la hauteur en résistant comme Koukpaki, aux opérations peu orthodoxes et aux nombreuses dépenses électoralistes qui ne sont ni de qualité ni opportunes et qui sont ordonnées depuis où vous savez.

En dehors du début d'assainissement des Finances publiques, il faut mettre à l'actif du Président Yayi son désir de vouloir gouverner au plus près des Béninois. C'est une rupture avec la gouvernance à distance qui était de mise sous le Président Kérékou qui se coupait volontairement de la réalité du pays qu'il prétendait gouverner depuis les bureaux du Palais de la Marina. C'est un nouveau style de gouvernance. Bref, chaque homme d'Etat a son approche du pouvoir politique.

Mais là aussi, C'est une question de mesure. Entre la gouvernance à distance et la gouvernance de contact, il faut trouver le juste milieu qui évite le ridicule de l'autorité de l'Etat. Car, en voulant être un homme de terrain, le Chef de l'Etat doit éviter de folkloriser, de spectaculariser ou de théâtraliser la fonction présidentielle.

La folklorisation et la théâtralisation viennent d'où et de quoi ?

La folklorisation et la théâtralisation viennent de l'habitude que prend facilement le Président Yayi d'offrir aux Béninois, à chacune de ses sorties, une mise en scène, je dirai même une pièce de théâtre. Ça commence à se voir et à sonner faux, de sorte qu'à chacune de ses descentes sur le terrain, les Béninois se demandent quelle pièce de théâtre le Chef de l'Etat va leur servir aujourd'hui ? Un coup avec les Dockers, un autre avec les Zémidjans, un coup dans un champ de Coton pour les cameras de télévision et non pour les nécessités de l'opération, un autre dans l'eau dans les quartiers inondées mais sans avoir aucune solution à proposer aux sinistrés.

Généralement les sorties présidentielles sont essentiellement destinées aux caméras de télévision. Elles n'offrent aucune solution. Ces sorties sont devenues intempestives et ne nous font avancer sur aucun vrai chantier du pays. Ni économique, ni social, ni politique. Le seul bénéficiaire supposé, c'est le Chef de l'Etat qui cherche à soigner son image alors qu'il a été élu pour soigner les Béninois de la pauvreté et soigner l'image du Bénin. Or, après près de deux ans d'action à la tête de notre pays, tel n'est pas le cas. En dehors des laudateurs du régime et des thuriféraires du Président de la République, personne ne pense objectivement que depuis l'accession de Boni Yayi à la tête de l'Etat, le Bénin a véritablement progressé. Nous avons certes fait des pas. Nous avons évité la dégringolade économique et financière amorcée dans les deux dernières années du régime Kérékou. C'est vrai, je le reconnais. Mais la croissance à deux chiffres qui était alors une des promesses phares du Candidat Yayi est loin de nous.

Le Chef de l'Etat a lui-même confessé ses insuffisances et avalé du même coup, la majorité de ses promesses de campagne qui étaient alors purement électoralistes. Elles sont aujourd'hui jugées irréalistes. A défaut de programme réaliste qui doit servir de boussole à l'action publique, le chef de l'Etat se transforme en un sapeur pompier qui cherche des feux et incendies à éteindre. C'est ce qui justifie que ses ministres et lui soient systématiquement dans l'actualité et dans les faits qui retiennent l'attention de l'opinion nationale. Et comme ça, nous nous engluons chaque jour un peu plus dans une spectacularisation de la politique. 

Et donc, en dehors de stagner, le gouvernement donne l'impression de renoncer à l'essentiel au profit de l'accessoire. Nous sommes à l'ère du divertissement, de la récréation et du spectacle politique offert et assuré par le Chef de l'Etat lui-même et ses ministres. On va jouer au foot pour plaire. On organise un spectacle géant à la gloire du Chef de l'Etat etc. etc. Vraiment, il est temps que le Président Yayi siffle la fin de cette recréation. Il est temps qu'il se retrousse les manches et se mette à bâtir ce pays par des réformes courageuses, même si elles doivent être impopulaires. Car le populisme n'est pas gage de développement. Il vise à plaire, à se loger dans les intérêts immédiats et à caresser les passions des foules. Vraiment, le populisme n'est pas le propre des bâtisseurs, mais des administrateurs de sous développement. Or, le Bénin attendait un bâtisseur courageux. Et en 18 mois, le Président Yayi ne donne pas l'impression d'en être un.

En dehors de stagner et de divertir, le Gouvernement de notre pays cultive depuis avril 2006 une gouver­nance assez étrange. Une gouvernance « tête en bas pieds en l'air ». Plus clairement, contre toute évidence et même contre les règles managériales élémentaires, on est à l'ère de l'action avant la réflexion. Depuis bientôt deux ans, les gouvernements successifs du Président Yayi décident d'abord, échouent ensuite, reculent et engagent maintenant la réflexion pour savoir comment finalement corriger le tir. Ce n'est le cas nulle part ailleurs. Surtout pas dans un pays qui se proclame émergent sans y travailler. Plusieurs dossiers illustrent l'échec de la méthode Yayi. Je n'en veux pour preuve, que l'impréparation et la précipitation de la mesure de la gratuité de l'enseignement primaire, celui du service militaire que le gouvernement a voulu faire passer à l'Assemblée nationale envers et contre tout, même en violation de notre Constitution.

Je peux citer le cafouillage actuel au plus haut niveau de l'Etat dans la privatisation de la SONAPRA. La création de SODECO issue de la privatisation a été confiée à un Ministre d'Etat et pas des moindres qui a rendu ses conclusions. Celles-ci ont été validées par un Conseil des ministres qui a vanté les mérites et la transparence de l'opération. Les députés FCBE soutenant le Chef de l'Etat ont rendu publique, une déclaration apologique vantant également la transparence de l'opération et le doigté du Président de la République. Une certaine société civile s'en est également mêlée pour louer la transparence du Gouvernement dans la conduite de l'opération. Mais contre toute attente, et comme c'est devenu la règle au Bénin, le même Conseil des ministres revient sur sa décision pour défaut de transparence.

Et donc, finalement, la transparence tant vantée dans un concert de louanges et dans un unanimisme suspect, n'était ni vraie, ni réelle. Le dossier était infecté et truffé d'irrégularités. Une fois encore, les régimistes et autres griots du pouvoir se sont ridiculisés. Quelle contribution de qualité, quelle vigilance peut-on attendre des partisans du Chef de l'Etat qui à chaque fois l'applaudissent même quand il se trompe ? Cette absence d'esprit critique et de vigilance des partisans du Président Yayi est préoccupante et même inquiétante. Dans l'affaire SODECO, certains on parlé de délit d'initiés ; d'autres d'affairisme dans l'entourage du Chef de l'Etat, d'autres encore de corruption au cœur du pouvoir. Bref, sans trop discourir, c'est un cafouillage bien organisé qui est, en fait, le signe d'un défaut de maturité et de préparation des décisions du Gouvernement de notre pays.  

J'évoquerai également l'imprudence du Gouvernement dans le dossier GSM. Voilà une crise inutilement ouverte par le pouvoir sans aucune précaution d'usage et avec une brutalité sans égale. Le Gouvernement n'a jamais eu lui-même le courage d'évaluer ni de communiquer les dégâts de ce bras de fer dont il est sorti très affaibli. Puisque, essoufflé par une crise qu'il a lui-même ouverte, coincé entre le marteau – des Béninois de plus en plus fatigués – et l'enclume – de la communauté internationale éberluée par une telle brutalité, le Bénin a bien été obligé de quémander des solutions auprès des opérateurs GSM et des pays étrangers concernés.

Heureusement, cette crise est derrière nous, mais l'ardoise des dommages est lourde. Le préjudice est financier, matériel et social. Il est aussi en terme d'image, car du fait de cette imprudence, nous sommes aujourd'hui perçus dans certains milieux d'investisseurs, comme un pays peu fiable en affaire et qui n'a pas de parole. Au fond, par ses déclarations et ses actes, le Président de la République a sérieusement écorché la capacité de l'Etat béninois à sécuriser juridiquement les investissements étrangers au Bénin. Déjà les investisseurs nationaux ont le sentiment d'être dans une insécurité juridique. Alors qu'ils devraient être encouragés au nom de la préférence nationale et du patriotisme économique, on a l'impression qu'il y a une cabale contre eux, je ne sais pour quelle raison, si ce n'est politique et électoraliste. Au total, au lieu d'une consolidation des appuis macro et micro nécessaires à la relance de l'économie, nous assistons à une lente mais continue déconstruction de l'économie nationale.

Si vous voulez, je vous parlerai également de la lente et continue déconstruction de notre édifice démocratique. Je suis bien placé pour en parler. Personne, en dehors du Gouvernement et de ses chantres, n'a le sentiment que les libertés publiques sont mieux consolidées sous la Présidence Yayi. Vraiment personne. Il y a une satellisation continue des ménages béninois qui n'apprécient pas la propagande à laquelle le Gouvernement veut nous soumettre. Le débat démocratique a disparu. La contradiction est morte. La critique insupporte le Gouvernement qui diabolise ceux qui les portent. Bref, la tendance monolithique est réelle.

Dans un silence de plus en plus coupable sinon complice, notre côte démocratique se dégrade au plan international. Nous avons déjà considérablement reculé sur le plan de la liberté de presse. A mon avis, le Gouvernement est le principal responsable de la dégringolade de la presse béninoise du 1er au 9ème rang africain et du 21ème au 53ème rang mondial, parce que c'est le Gouvernement du Président Yayi qui tente par des contrats et de l'argent d'acheter le silence des médias de les museler et de les mettre à sa solde. Tout ça n'est pas démocratique. Ce n'est pas digne de notre pays. Nous avons déjà dépassé cette étape. Même avec le Président Kérékou que nous critiquons souvent assez facilement, le droit à la différence et l'accès de tous les courants aux médias étaient respectés. Mais depuis quelques mois, c'est le contraire qui s'observe. Le gouvernement préfère les louanges clientélistes même injustifiées à la critique constructive. Il préfère l'unanimisme à la richesse de la différence et du pluralisme. Il préfère la célébration d'un chef par le pays y compris par les petits enfants.

Je ne veux pas parler du culte de la personnalité digne des années Eyadéma au Togo ou celles du règne de Mobutu au Zaïre. L'instrumentalisation naissante des petits écoliers béninois à des fins politiques est une réalité dans notre pays. J'en ai vu et les béninois le voient en allumant leur poste de télévision. Les petits écoliers sont désormais exposés même les jours et heures de classe, sous le soleil comme sous la pluie, sur le passage du Chef de l'Etat pour le magnifier et le louer. Ce que je dis est vérifiable et donc incontestable. Les tenues Kaki de certains de ces écoliers sont frappées à l'effigie du Président Yayi. Des sacs d'écoliers toujours frappés à l'effigie du Président Yayi sont distribués sous forme de don par les partisans du Président Yayi dans nos villes et dans nos campagnes. Les mêmes enfants innocents qui n'ont aucune conscience politique sont associés désormais aux slogans politiques du style « Yayi dix ans ». Tous ça est inquiétant et fait partie des menaces que fait peser le régime sur notre édifice démocratique. Nous nous taisons à l'intérieur du pays, mais les gens nous regardent à l'extérieur.

Mais je crois que  nous avons déjà payé le prix de notre liberté pour nous laisser intimider par un nouveau régime prédateur de nos droits et libertés. Si ce n'est nous-mêmes, je crois que nos parents ont déjà payé le prix fort pour qu'on soit libre et digne. Je ne sais pas où étaient les tenants du pouvoir actuel quand, dans notre pays, certains ont été tués, assassinés, exilés, torturés et spoliés, pour qu'on ait le droit et la liberté de pensée et d'exprimer autre chose que le PRPB ? Ce qui était valable contre le PRPB est encore valable contre n'importe quel pouvoir, quelle que soit la mission, même divine, qu'il s'auto-assigne.

Que les partisans du Président Yayi aiment la critique ou non, qu'ils soient peu favorables au débat démocratique ou pas, je continuerai ma veille citoyenne, malgré les intimidations et le verrouillage des médias dont certains autres contradicteurs du Gouvernement sont de plus en plus victimes. J'oserai la critique constructive pour l'amour de mon pays.

C'est ma conviction profonde


06/12/2007
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Jeudi 25 Octobre 2007

Frédéric Joël AIVO analyse en live l'actu de la semaine au Bénin






25/10/2007
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Entretien avec le Docteur Frédéric Joël AIVO

« Je propose un régime néo-présidentiel pour le Bénin »

 

Présentez-vous à nos lecteurs.

 

Frédéric Joël AIVO, je suis politologue et constitutionnaliste. J’enseigne la science politique à la Faculté de Droit et de Science Politique (FADESP) et les Relations Internationales à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) de l’Université d’Abomey-Calavi.

 

Pourquoi avez-vous décidé de lancer ce livre ?

C’est un livre qui est paru depuis le mois de mars dernier. Il vient sur le marché après le premier que j’ai publié chez le même éditeur et qui porte sur le juge constitutionnel béninois. Ce dernier a fait l’objet d’une conférence de présentation dans plusieurs universités françaises. Il n’était donc pas juste de ne pas faire connaître mon livre à mes collègues béninois, aux décideurs politiques de mon pays, à mes proches, bref au public béninois. La cérémonie de lancement du jeudi 23 août vise donc à faire connaître mes propositions et surtout à ouvrir le débat sur les chantiers politiques et institutionnels qu’appelle près de deux décennies d’expérience démocratique.

 

Pourquoi un livre sur le Président de la République et pas sur le régime politique dans son ensemble ?

Vous savez, dans notre environnement socioculturel, le Président de la République est la pièce maîtresse du système politique. Il est l’élément central, le pivot et le cœur de toute l’organisation sociale de nos pays. En France, Michel Debré, un des pères fondateurs de la 5ème République française, disait que la fonction présidentielle, telle qu’elle a été taillée, est la clé de voûte du régime. La formule vaut pour les Chefs d’Etat africains. Le Professeur Gilbert Tixier, disait à raison, que le Président africain est « le catalyseur » et le « créateur de la nation ». Puisqu’elle conditionne et configure l’ensemble de la structuration politique et sociale, il est important que la fonction soit revisitée afin de comprendre ses spécificités et ses logiques. C’est ce que j’ai essayé de faire. Et je dois vous avouer, qu’ayant été dans ma vie l’assistant d’un Conseiller de Chef de l’Etat, j’ai observé de près et même de l’intérieur, le fonctionnement de l’institution présidentielle. En tant qu’objet d’étude et de recherche, la charge suprême m’a toujours fasciné. C’est ce qui justifie que je puisse passer autant d’années à scruter la fonction présidentielle dans sa genèse et dans ses évolutions contemporaines.

 

Parlez-nous du contenu de ce 2ème livre.

Ce livre-ci observe la fonction présidentielle à travers deux périodes. Le premier couvre les années 1960-1990 et part des indépendances à la fin de la bipolarisa­tion. Le deuxième temps court de 1990 à nos jours. Il correspond à la phase s’étendant des expériences démocratiques aux récentes restaura­tions autoritaires. Ma démarche intègre et prend en compte la vie politique et l’expérience institutionnelle de plusieurs pays. L’expérience politique des années post-coloniales renvoie à la période glorieuse de la fonction présidentielle. C’est celle de l’émergence des « Pères de la na­tion », des « Eclaireurs de pointe », des « Grands ca­ma­rade de lutte », des « Timoniers », des « Guides bien aimés » ou encore des « Présidents fonda­teurs ». C’est aussi la période des partis uniques et des pouvoirs clos et fermés. Après 1990, la fonction présidentielle a fait l’objet de multiples tentatives de rationalisation. Mais les réformes politiques tendant à discipliner le Chef d’Etat africain ont quasiment échoué dans nombre de pays francophones. Le mandat présidentiel, voulu limité, est redevenu illimité. Le pouvoir politique conçu pour être partagé est toujours confisqué aux mains d’un seul. Les contre-pouvoirs érigés en 1990 sont domptés par l’Exécutif. Bref la résurgence présidentialiste et la remontée de l’autoritarisme nous obligent à faire des constats, tirer de conclusions, non péremptoires sans doute, sur la spécificité de la charge présidentielle dans nos pays et enfin à ouvrir des pistes pour l’avenir.

 

Quels sont donc les constats que vous avez faits et les propositions que vous formulez ?

Plus de quarante (40) de vie politique et de pratique institutionnelle en Afrique noire francophone montre clairement que le pouvoir suprême ne se partage pas. L’Afrique est hostile à toute division horizontale du pouvoir politique. C’est ce qui explique l’impossibilité pour l’Afrique d’expérimenter le parlementarisme vrai, authentique et original. C'est-à-dire à la britannique. C’est ce qui explique aussi l’échec systématique de tous les parlementarismes dévoyés importés et timidement pratiqués après les indépendances et même après les processus de transition politique des années 1990. Prenez par exemple les cas douloureux du Togo sous le Président Gnassingbé père, celui du Niger sous le Président Baré Maïnassara, celui du Congo sous le Président Lissouba et j’en passe. Voyez aussi dans quel état de dévoiement et de perversion sont aujourd’hui les régimes camerounais et gabonais. C’est ça le refus du pouvoir partagé. Il faut donc en tenir compte pour proposer autre chose. Le régime néo-présidentiel me semble le mieux convenir aux pays, comme le Bénin, ayant à la fois un impératif de développement et une soif de liberté.

 

Justement, en quoi consiste le régime néo-présidentiel que vous proposez ?

D’abord structurellement, le format politique que je propose est à mi chemin du régime présidentiel et de celui semi-présidentiel. Ensuite, le modèle néo-présidentiel organise une division verticale du pouvoir et assure une distribution contrôlée du commandement. Il suppose un Président de la République élu au suffrage universel mais avec désormais un 1er Ministre. Mais la nouveauté ici est que le 1er Ministre est un partenaire du Chef de l’Etat et non un acteur concurrentiel. Il est nommé par le Président de la République dont il applique les orientations et la politique. C’est une conception qu’avait défendue le Général de Gaule en France en 1964. Ahmadou Ahidjo lui a emboîté le pas. Je crois que cette idée d’organisation du pouvoir politique mérite d’être revisitée, modernisée et actualisée. Dans mon format, le 1er Ministre a un statut constitutionnel et des pouvoirs déterminés à l’avance par le constituant. Il est le Chef du gouvernement. A ce titre, il est le bras armé et le bras d’exécution du programme présidentiel. Avant d’être le bouclier politique dont a besoin le Chef de l’Etat, le 1er Ministre conduit, sous sa bienveillance, les grandes réformes et tous les chantiers de la prospérité. Il faut signaler que le nouveau 1er Ministre est à l’opposé de celui que le Président Kérékou avait expérimenté en 1996. C’est un format qui a ses avantages mais aussi ses limites. Je les exposerai en détails le jeudi 23 août au Centre Culturel Chinois.

 

Qui sont ceux qui ont collaboré à cet ouvrage ?

Collaborer non. J’ai eu le privilège et l’honneur d’avoir la signature de deux grands Professeurs. Il s’agit du Professeur Holo qui n’est plus à présenter et du Professeur Pascal Chaigneau. Il n’est pas connu du public béninois, mais c’est une des grosses pointures du monde universitaire français. Il est Professeur de Science politique à l’université René Descartes Paris V et Administrateur Général du Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS). Sur le Premier ouvrage, j’avais déjà eu l’avant propos du Professeur Jean du Bois de Gaudusson qui est, professeur de Droit public et ancien Président de l’Université Montesquieu Bordeaux IV.

 

Quelles sont vos ambitions futures ?

 

En tant que jeune universitaire, j’entends prendre une part très active dans tous les débats de société particulièrement ceux qui relèvent de mon domaine de compétence. J’entends contribuer à faire avancer un certain nombre de questions politiques et institutionnelles de mon pays.

 

Si vous devez conclure cet entretien

 

Je commencerai par vous remercier de la tribune que vous m’offrez pour parler de mes idées et les faire partager à mes compatriotes. Je voudrais souligner à l’endroit des décideurs politiques béninois et particulièrement ceux qui animent les institutions de notre pays, qu’un Chef ne sait pas tout. Et parce qu’il ne sait pas tout, il doit se faire éclairer par ceux qui dans leur domaine, ont une expertise avérée. C’est en cela qu’il me semble fondamental que les pouvoirs publics, les partis politiques et tous les animateurs de notre démocratie profitent des mines dont regorgent nos universités. Ils sont nombreux, ceux que l’expérience politique, la pratique des institutions et le savoir universitaire ont consacré dans ce rôle. Je veux citer avec beaucoup de respect les Professeurs Maurice Glèlè-Ahanhanzo, Théodore Holo, Dorothé Sossa, Noël Gbaguidi, Fulbert Géro Amoussouga, Moïse Bossou, Phillipe Noudjènoumè et bien d’autres encore. Nous devons apprendre à solliciter l’aide à la décision qui éclaire le dirigeant politique moderne.


22/08/2007
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Jeudi 9 Aout 2007

PORTO-NOVO

 Le chantage de l'isolement ?

 

Le week-end dernier, un séminaire s'est réuni sur le sort politique de la Ville des Aïnonvis à l'ère du « changement ». Il a été initié et animé par l'Association des cadres pour un Porto-Novo Emergeant. Le ton était clair et les termes du débat limpides : « Porto-Novo peut-elle éternellement s'opposer aux gouvernements qui se succè­dent dans notre pays ? ». « Son développement et surtout ses intérêts – aux mains du Gouvernement –, n'impli­quent t-ils pas qu'elle se solidarise du pouvoir actuel ? »

 

Comme si une menace planait sur la ville, ses filles, ses fils et ses habitants, des Porto-noviens se sont dépêchés de plancher sur son sort. Ces Porto-noviens à part entière par ailleurs et aussi authenti­ques que les autres, ont levé un coin de voile sur une des questions majeures qui hanterait Porto-Novo et ses fils : La ville aux trois noms sera-t-elle avec ou sans le « change­ment » ? Porto-novo sera-t-elle dans ou en dehors de « l'émergence » ? Bref, Porto-novo sera-elle opposante ou moumancière ?

 

A première vue, la question parait complètement stupide. S'est t-on jamais posé la question de la couleur et de l'opinion politiques de Natitingou ? Ou encore celles d'Abomey ou de Lokossa ? D'ail­leurs, Abomey est-elle de l'opposition ou de la majorité présidentielle ? Lokossa soutient-elle le Président Boni Yayi ou s'oppose t-elle à son Gouvernement ? Depuis quand se pose t-on la question de l'adhésion ou non des populations, considérées comme telles, aux actions d'un Chef d'Etat ? Depuis quand s'in­quiète t-on de la position politique d'une ville, en tant que personnalité juridique et entité territoriale, par rapport au Chef de l'Etat ?

 

Mais comme le débat sur Porto-Novo a été ouvert par des Porto-noviens responsables et très respectables, on ne peut qu'y prêter attention. Parmi ceux qui ont interpellé la conscience de Porto-Novo le week-end dernier, je ne compte que des amis et des proches, même des maîtres au sens propre du terme. Au nombre des amis, je nom­merai Agapit Napoléon, Conseiller à la Haac, comme proche, le Ministre Albert Agossou, et comme un des maîtres dont je tiens mon initia­tion à la politique, le Ministre Joseph Gnonlonfoun.

 

Avant d'explorer l'inquiétude de mes anciens compagnons, soucieux de l'émergence de Porto-Novo, je tenterai de poser autrement la question de « l'émergence » de notre Capitale. Qui me­nace les Porto-noviens et à cause de quoi ? De quoi les Aïnonvis doivent-ils avoir peur ? De qui doivent-ils se méfier ? Qui en veut à Porto-Novo ?

 

Au fond, l'inquiétude exprimée par Agapit Napoléon, le Ministre Gnonlonfoun et tous les autres trahit la pensée qu'il y aurait un mal pour la ville à exprimer son état d'âme et ses choix tel qu'elle le fait actuellement. Les organisateurs du séminaire sur l'arrimage de Porto-Novo au train de l'émergence donne l'impression de vouloir éviter à la ville une foudre qui s'abattrait sur elle au cas où elle s'obstinerait à exprimer une opinion jugée hostile au Chef de l'Etat. Les séminaristes ont-il été informés d'une mise à l'écart en préparation ou d'un isolement possible de la ville du fait de ses opinions politiques et surtout de sa réserve légendaire à l'égard de tous les pouvoirs ?

 

Dans tous les cas, le séminaire de Porto-Novo a le mérite d'ouvrir un débat dont les pou­voirs publics devraient s'approprier. Mais le nouveau thème du débat ne sera pas, comme mon ami Agapit Napoléon l'a fait, celui de s'avoir « si la ville de Porto-Novo peut ou doit éternelle­ment s'opposer aux gouvernements ? » L'objet du nouveau débat ne consistera pas à tenter de forcer la main aux Porto-noviens. Il ne consistera pas non plus à les obliger à divorcer  avec un Mari qu'ils semblent bien connaître pour un nouvel amant – un autre encore – qu'ils ne connaissent pas bien, pour ne pas dire : pas du tout !

 

Je propose que le nouvel objet de réflexion sur Porto-Novo soit sa réhabilitation. Il s'agi­ra cette fois-ci des conditions raisonnables, des modalités pratiques et surtout de l'agenda  ou du chronogramme de sa réhabilitation. Parce qu'en fait, l'opinion politique porto-novienne jugée « désagréa­ble » pour et par les gouvernements prend sa source dans les frustrassions de cette ville. Porto-Novo est désormais la Capitale incontestée de notre pays. Dieu merci. Mais elle est, aux yeux des Porto-no­viens, une mariée sans robe de mariée. Une Capitale sans ses attributs et son statut. Et pourtant, la Capitale et tous ceux qui y tiennent ont vécu d'espoirs et de promesses toutes non tenues depuis bien longtemps. La ville a vécu d'engagements, toujours restés électoralistes et cyniquement politi­ques.

 

Pour mes compatriotes qui ne le savent pas, notre capitale est une citée faite de frustra­tions. Et de frustrations en frustrations, Porto-Novo a finalement décidé de se confier politique­ment à ceux qui, même avec peu de pouvoir, ont porté sur les fonts baptismaux, les quelques infrastructures qui lui donnent des allures, dérisoires peut être, mais allures quand même, de ville à statut particulier.

 

C'est pour tous ces faits qu'il faut essayer de comprendre le comportement politique de cette ville. A mon avis, ce n'est ni de l'opposition, ni une quelconque rébellion contre un gouvernement, mais seu­lement une certaine façon d'exprimer son état d'âme et de marquer sa prudence à l'égard de tout volonté politique seulement déclamée mais pas encore suivie d'actes. Seulement, ne peu­vent explorer cet état d'âme et comprendre cette prudence que ceux qui savent écouter le bruit du silence ou les vrais interrogateurs de conscience.

 

Quand on aura fini de faire le tour de ces questions, on comprendra, qu'il serait vain et sans aucune issue de vouloir choisir à la place des Aïnonvis, les nouveaux leaders de Porto-Novo. Cela se fait peut être ailleurs, dans d'autres villes de notre pays. Mais Porto-Novo n'obéit pas à cette logique. Les princes de Porto-Novo sortent des entrailles des électeurs de la ville et du Départe­ment. Ils ne sont ni choisis dans les palais officiels ni parachutés comme des comman­ditaires d'une œuvre dont les Porto-noviens eux-mêmes n'ont pas préalablement déter­miné les termes de référence.

 

Nous devons nous mettre rapidement au travail. Et je suggère modestement que nous nous mettions à respecter les engagements que nous avons pris à l'égard de toutes les cités de notre pays. Reconstruisons, sans exclusive ni exclusion, les villes de notre pays qui doivent lui servir de vitrine. Et comme Porto-Novo est actuellement au cœur du débat politique, comme elle tient, de­puis 1960, le record des promesses de reconstruction et de réhabilitation non tenues, il serait bien, que dans un esprit républicain, les pouvoirs publics s'attèlent à cela sans chercher à forcer la main aux habitants de la ville ou à violer leur conscience politique.

 

Il ne faut surtout pas aller au chantage qui consisterait à intimer aux Porto-noviens, de façon subliminale, l'ordre de divorcer avec leur actuel mari, sans chercher à comprendre les rai­son de leur mariage et surtout celles de la longévité de leur union malgré la « traversée du dé­sert ». Grosso modo, il faut éviter d'inviter les Aïnonvis à « céder », au risque d'être isolé ou d'être mis à l'écart des grands travaux de développement.

 

Avec des résultats, Porto-Novo suivra. N'inversons donc pas l'ordre des choses.

 

C'est ma conviction profonde.

 

Frédéric Joël AIVO


09/08/2007
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Ce jeudi 26 Juillet 2007

Les nouveaux talibans

 Nous avons élu un Chef d'Etat, mais certains de ses collaborateurs désirent un Mollah. Et depuis, à la place du prince s'érige jour après jours un mollah. Et comme un mollah ne s'entou­re que de talibans, ceux-ci semblent également vouloir prendre leur place autour du Chef. Comme des talibans, des conseillers du Chef, ont d'abord tourné le dos à leurs charges républi­caines. Contre les efforts du Chef d'incarner la fonction et surtout de polir son discours, ces aviseurs ont fini d'établir dans l'opinion et dans la conscience de leurs compatriotes, la réputa­tion sulfureuse « de conseillers pirates ». Oui de « conseillers pirates » habitués aux men­son­ges et à la manipulation d'informations calomnieuses et tendancieuses. Ils sont prêts à tout y compris à mettre le feu pour sauver la maison. Quelle drôle de conception que de vouloir sauver une maison en y mettant le feu. En observant certains conseillers du prince, il n'est donc pas exagéré de parler de Kamikazes. Comme de vrais Kamikazes, ces aviseurs du Chef portent à la hanche des ceintures chargées d'explosif et, dans leurs poches, des grenades.

Mais à la différence des vendeurs de la mort, qui pour les autres sèment potentiellement la terreur et pour eux-mêmes génèrent la mort, les conseillers du prince dont nous parlons soumettent la liberté et la démocratie à rude épreuve. Déjà, contre l'évidence, ils soutien­nent ce qui n'est pas. Mais le nouveau trait marquant des nouveaux talibans est la tentation totalitaire qui nie aux autres, le droit à la différence et surtout le droit de penser autre chose que ce qui est marqué du sceau officiel du « changement ».

Ceux qui s'écartent de la ligne des idéologues du Prince sont officiellement voués aux gémonies du régime. Ils subissent la foudre du tonnerre. Ce tonnerre est nommé Citadelle. Comme une citadelle imprenable, ce tonnerre qui braille et qui s'ébranle contre les « méchants indisciplinés », est logé dans le Palais le plus officiel de la République. Comme une Citadelle im­prenable, ce tonnerre attaque et foudroie sans élégance, ni pitié, encore moins avec respect. Il est pourtant nourri par le sang de la collectivité. Il est financé par le contribuable. Son person­nel est payé par le peuple y compris par l'effort de ceux qui incarnent leur obsession, symboli­sent leur peur, représentent leur cible pour finir par être leurs victimes expiatoires. Comme une Citadelle imprenable, le nouveau tonnerre qui promet la mort à ses adversaires est, en fait, un bébé né avec des dents, prêt à mordre innocents ou coupables – de quoi d'ailleurs –, enfants, jeunes ou vieillards insoumis à l'idéologie officielle et renonçant à rentrer dans les rangs.

En réalité est-il possible de loger au Palais, c'est-à-dire dans les entrailles de la Républi­que, un papier torchon qui portent la haine et le fiel d'un bébé illuminé et innocemment kami­kaze ? Est-il normal de laisser prospérer, avec le soutien le plus officiel, une presse digne des mille collines ? La presse présidentielle peut-elle facilement calomnier sans preuve des adver­saires politiques ? Peut-elle désigner à la vindicte populaire des partenaires économiques comme de véreux étrangers s'enrichissant sur le dos du peuple et au détriment du pays ? Fut-elle imprenable, la Citadelle peut-elle, comme elle l'a fait le lundi 23 juillet 2007, sans aucune prudence, sans aucune preuve et surtout dans les règles de l'art de la délation soviétique, déblatérer sur un officiel ? A-t-elle le droit de s'en pren­dre à sa personne, à son parti, et surtout à son honorabilité ?  

Si la réponse est oui, alors nous consentons avoir changé de régime. Si la réponse est oui, nous aurions laissé des totalitaires, au nom de leur foi et de leur conception du service des autres, caresser pour mieux étouffer notre démocratie. Si la réponse est enfin oui, nous aurions ouvert, au sein de la démocratie, une plaie qui peut infecter l'ensemble de l'organe et compro­mettre sa survie. La diatribe à laquelle le « bébé changeur » s'est livré le lundi dernier est en effet une des nombreuses gouttes qui pourraient faire déborder un jour le vase.

Chaque jour que Dieu fait, le « bébé changeur » prend l'habitude des pratiques de la police politique et d'apprenti sorcier. Chaque jour qui s'égrène des cinq ans du bail du prince, le « bébé changeur » développe, avec une aisance nauséabonde, des méthodes dignes de celles de la gestapo et plus près de nous, du tristement célèbre « petit palais ». Chaque jour qui passe, ses crocs sont encore plus aiguisés, mieux limés contre tout contradicteur. Les hommes politi­ques, particulièrement les plus « indomptables », sont calomniés et vilipendés. Ils sont présentés comme des aigris ayant quémandé des postes. Les syndicats ne sont pas ménagés. Ils y sont passés. Quant aux simples citoyens qui grognent sur les émissions interactives, ils n'ont pas été non plus épargnés. Quand ils soutiennent le gouvernement, ils sont patriotes et bien inspirés, mais quand ils sont réservés et peu emballés par les actions du Chef, ils sont manipulés et payés par de véreux politiciens en mal de popularité. La Cita­delle, qui n'est guère imprenable, ne saurait être « la voix de la révolution », comme elle ne saurait non plus être un poids lourd lancé à vive allure contre l'édifice démocratique construit au prix du sacrifice et du sang des Béninois.

Que diantre avons-nous fait pour mériter d'assister à un théâtre auquel notre peuple a renoncé ! Que diantre avons-nous fait pour voir ressurgir, dans le silence le plus officiel, des pratiques d'une époque révolue et des méthodes d'un totalitarisme obscur !

Cette facilité des « conseillers pirates » du Prince à se retourner immédiatement et systématique­ment contre ceux qui pensent le contraire de leurs opinions ou qui ne partagent pas leur lecture des faits est contraire à l'idée même du pluralisme politique qui a toujours soutenu l'exception démocratique béninoise. Cette attitude est d'autant inquiétante qu'elle est sans mesure, irré­fléchie et bête. Et en tant que telle, elle abâtardit ses concepteurs et les ramène à l'intolérance et à la violence politiques dont les Talibans firent férocement et inintelligemment preuve en Afghanistan.

C'est pourquoi l'attitude des « conseillers pirates », logés et tapis dans les institutions répu­blicaines, nous rappelle la violence des gourous du PRPB ou l'ingénierie cynique des so­viéti­ques ou encore, la sauvagerie politique des Khmers rouges. Mais, dans tous les cas, idéologues  illuminés du PRPB, cyniques Soviétiques ou encore sauvages Khmers rouges souffraient de la même pathologie : le refus obstiné de la liberté de pensée et de parole. Ils partageaient aussi l'intolérance politique, inintelligence des situations et la violence contre leurs adversaires. Bref, la négation de l'autre.

En somme, au-delà d'avoir déjà confirmé d'être des « conseillers pirates », ceux qu'identifient désor­mais les Béninois, mériteraient d'être assimilés à des Talibans. Mais de lâches talibans cachés derrière des ordinateurs et un papier torchon pour lyncher ceux qu'ils sont incapables de com­battre loyalement et légalement. Quand on a pu manipuler, par le passé, toujours caché derrière un ordinateur, des photographies de cadavre, comment n'est-il pas possible de déconstruire un édifice ou de briser une vitrine par l'ignorance, l'intolérance, en un mot, par une sauvagerie politique naissante !

Monsieur le Président de la République, pour la démocratie, vite, arrêtez-les.

C'est ma conviction profonde.

Frédéric Joël AIVO


25/07/2007
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BONI YAYI OU LA VENGEANCE DU PEUPLE


BONI YAYI OU LA VENGEANCE DU PEUPLE

En cette période quasi euphorique pour beaucoup, je sais précisément ce qu'il ne faut pas dire. Le politiquement correcte m'aurait conduit à dire que peuple s'est exprimé et qu'il faut respecter son choix souverain. Mais en citoyen libre, je ne m'em­pê­cherai pas de faire mes observations et de par­ta­ger avec vous les quelques ensei­gnements tirés du dernier scrutin présidentiel.

 

DES RAISONS D'ESPERER

 

Comment ne pas avouer que les résultats des dernières élections présidentiel­les sont riches d'enseignements imprévisiblement prévisibles. Finalement, nous avons évité le pire pour notre pays. Le processus est allé à son terme contre le souhait de tous les prédateurs tapis dans les arcanes du pouvoir d'alors. Le pire est derrière nous, car nous avons un nou­veau Chef d'Etat. « Le Président est mort, vive le Président ». Je l'avoue, ce n'était pas celui que j'aurais voulu pour mon pays. Tant le défi à relever après Mathieu Kérékou est immen­se. Et contre l'avis de beaucoup, sans nier l'urgence des réformes économiques et sociales, je sou­tiens que l'essentiel et le plus urgent est de ratio­na­liser l'exer­cice du pouvoir politique et sur­tout de discipliner l'univers des partis, leur forma­tion, leur financement, leur gestion, et leur rap­port avec l'Etat. Mais comme on dit, « vox populi, vox dei ».

Pour le soutien d'Adrien Houngbédji que je suis, s'il y a un motif de satisfaction dans l'issue de ces présidentielles, c'est que le Président Boni YAYI ne gouvernera jamais autant mal que son prédé­ces­seur. Ce qui me semble acquis, est que le pouvoir ne sera plus aussi absent des grandes préoccu­pa­­tions des béninois, des enjeux de notre société et des angoisses de notre peuple. Le pouvoir YAYI, me semble t-il, ne donnera pas l'impression, comme ce fut le cas de ces 10 dernières années, d'être impuissant, inefficace, abstrait, compromis et exclusivement tourné vers la satisfaction des seuls inté­rêts des apprentis politiciens appelés au service de nos compatriotes.

 

L'AMALGAME FATAL

 

Le moins qu'on puisse constater est que la sentence a été fatale pour la classe politi­que, notam­­ment pour les plus grands des partis qui animent depuis 1991, la nouvelle scène du renouveau démocratique. Ni Adrien Houngbédji, ni Bruno Amoussou ne s'est vu installer au Palais de la Marina le 6 avril 2006. Et pourtant comme beaucoup le pensaient, à bon droit d'ailleurs, Adrien Houngbédji ne s'était jamais autant retrouvé aux portes du pouvoir suprême. Jamais l'homme n'avait rassemblé au­tour de ses idées et des valeurs qu'il incarne, autant de partis, de personnalités, d'associations issus de tous les courants politiques, de toutes les aires géoculturelles et ethniques de notre pays. Mais le peuple souverain en a décidé autre­ment, confirmant que nous sommes bien en démocratie et que dans ce modèle lui et lui seul a le dernier mot.

Les lecteurs de cette tribune, me pardonneront d'écrire que j'ai été très déçu par le sort réser­vé par nos concitoyens à Maître Adrien Houngbédji. Car Maître Houngbédji est cet homme dont la très grande majorité des béninois convient de l'attachement à la paix et à la démocratie, de son respect du bien commun et surtout de son intégrité quant à la gestion des affaires publi­ques. Mais en bon démo­cra­­te, je ne peux contester la sincérité du verdict des urnes parce qu'il est défavorable à mon candi­dat, pas plus qu'il me ne vien­drait à l'esprit d'affir­mer que le peuple à tort.

Notre peuple à raison et a mille et un motifs de prendre sa revanche sur un leadership ama­teur, corrompu, prédateur et très inefficace. La sanction du pouvoir Kérékou me parais­sait indis­pen­sable car dans notre pays, le pouvoir politique ne fut jamais autant dangereusement compromis avec la pègre dans le grand banditisme, le blanchiment d'argent, les prises illéga­les d'intérêts et les tran­sac­tions ouvertement frauduleuses. Le pouvoir politique sous le Prési­dent Kérékou n'a jamais été aussi absent des grands sujets de société et des réelles préoccu­pa­­tions des béninois. Empêtré dans ses propres contradictions, dans la négociation et le mar­chan­­da­ge de ses propres prébendes tels des 4X4 pour les députés, la nomination d'un média­teur de la République ou encore, l'exclusion d'un candidat, la majorité présidentielle se détour­na alors de l'essentiel : Réformer, réformer et toujours réformer.

Mais j'ai le profond sentiment en ce qui concerne Adrien Houngbédji, qu'il a été fait comptable d'un bilan dont il n'était pas directe­ment responsable. Je le crois profondément. L'élection de Boni YAYI – dont les qualités et les compétences ont compté pour beau­coup – est pour moi la revanche du peuple béninois contre l'élite gouver­nante de ces dix der­niè­res années. Il serait peu raisonnable et totalement malhonnête d'y inclure les 5 années de présidence Soglo, car des efforts y ont été faits et des réformes engagées. Les résultats du pou­voir Soglo sont probants. Seuls les deux derniers man­dats me semblent en cause. Et à ce propos, comme me le faisait très justement remarquer un ami, Ingénieur en financement et planification des projets, l'histoire politique de notre pays ensei­gne que l'après Kérékou a tou­jours ouvert une prési­den­ce de défi. Après lui en 1990, Nicéphore Soglo devrait conduit des travaux d'hercule tant le dé­sas­tre étant profond et l'effondrement abyssal. Aujour­d'hui, le cahier des charges du Président Boni YAYI et les espoirs placés en lui par ses électeurs sont à la mesure de l'état de délabrement dans lequel dix ans de déni de gouvernance nous ont plongé.

 

LA PHOBIE DES GRANDS PARTIS ET LES MARCHANDS DE RÊVES

 

Comment aurait-il pu en être d'ailleurs autrement ? Sans éluder les responsabilités d'Adrien Houngbédji lui-même, avant et pendant les élections, je crois qu'il y a des causes et facteurs sur lesquels le favori qu'il était n'au­rait pu avoir aucune prise. Les 10 ans de Kérékou ont laissé le pays dans un état de déla­brement économique, politique, moral mais aussi psychologique. C'est un fait et les gens – essen­tiellement les marginalisés dont Mathieu Kérékou se faisait le porte parole – en avaient marre. Malheureusement, comme tous les ap­pren­tis politiciens, les affairis­tes et autres aventuriers qui ont saigné le pays sous Mathieu Kérékou, Adrien Houn­gbédji a été tenu comp­table de cette situation dont il n'était pas directement responsable.

Malheureusement, dans la brèche du mécontentement légitime de nos compatriotes et dans leur aspira­tion au bien être, se sont engouffrés tous les illusionnistes et les vendeurs de rêves. Ce mal être des « marginalisés » et la révolte du peuple contre l'establishment établi par Mathieu Kérékou ont hélas remis en scène tous les partis morts, les partis du tube digestif, les mouvements sectoriels, les aigris et les personnalités qui n'ont décidément pas digéré la retraite imposée par les élec­teurs au fil des années. Et pour parvenir à leurs fins, ils ont très tôt proclamé l'incapacité de la classe politique. Ils ont opposé la classe politique à la technocratie. Les méchants politiciens aux vertueux technocrates. Mais ma conviction profonde est que la vie politique de notre pays n'est pas un univers manichéen. C'est à dire d'un coté, les bons tech­no­crates, démocrates, patriotes, vertueux et de l'autre les méchants politiciens, véreux, pré­dateurs et incons­cients. Toute analyse qui tendrait à nous le faire croire serait complète­ment immodérée et dénuée de toute objectivité.

Le paradoxe est que les pourfendeurs de la classe politique sont tous des hommes poli­­ti­­­ques, d'anciens ministres, d'anciens parlementaires évincés ou encore en poste. De ce fait, ils portent plus que quiconque, la responsabilité du désastre de la gestion du Président Kérékou. Le pa­ra­do­xe encore et enfin est qu'ils n'ont pas pour autant renoncé à faire de la politique. Pour­quoi avoir alors autant brocardé l'activité politique lorsqu'on sait qu'on ne gouverne pas un pays sans faire de la politique ? Pourquoi avoir fait ce portrait des hommes politiques quand on sait qu'on reviendra devant la scène ou dans le gouvernement grâce à un appareil politique ? La vérité est que cette apologie de la techno­cra­tie messianique cache la phobie des petits partis pour les grands. Le PRD et le PSD aujourd'hui – mais avant eux en 1996 la RB – ont fait les frais de cet inva­riant de notre vie politique.  La vérité est que depuis 1960 jusqu'à nos jours aucun parti, ni petit ni grand, n'a réussi à gagner les élections par ses propres soins. C'est pourtant la règle dans tous les pays du monde y compris dans les pays de notre sous région. Avons-nous pour autant raison de continuer à développer la phobie des grands partis ? Sommes-nous fondés à vouloir cons­trui­­re notre système politique sur l'éclatement, la clanisation, ethnicisation et la régionalisation des partis ?

 

L'ILLUSION ET LES RISQUES D'UN LEADERSHIP APOLITIQUE

 

La composition de la nouvelle équipe gouvernementale, dont je ne doute pas des quali­tés et de la bonne volonté porte, à mes yeux, tous les fondamentaux de la gouvernance du Pré­si­dent Kérékou. C'est à dire un Pouvoir essentiellement périphérique, sans parti majoritai­re, donc sans majo­rité claire, cohérente et stable au Parlement, un pouvoir morcelé en autant de soutiens, un pouvoir divisé et tellement éclaté qu'il finit pas perdre son souffle et son ef­ficacité. Cette fois-ci, nous ferons aussi l'expéri­ence d'un gouvernement qui se veut apolitique avec plus d'une dizaine de membres, sur 22, indépendants des partis politiques. Nicéphore Soglo l'avait expérimenté en 1991, mais ces indé­pen­dants apolitiques ont fini par se rendre à l'évidence, en devenant quelques mois plus tard, des chefs de partis ou au mieux des animateurs de la vie poli­ti­que. Pendant combien de temps nous illusionnerons-nous qu'on pourrait diriger un pays sans faire de la politique ? Pendant combien de temps refuserons-nous encore aux partis politiques de jouer leur rôle ? Je crains qu'au plan politique, tous les éléments d'un immobi­lisme, d'une caco­phonie, bref d'un Kérékou bis soient réunis.

 

LES DEFIS DU PRESIDENT BONI YAYI

 

Pour moi, l'élection du Président Boni YAYI est la vengeance de ce peuple contre son élite, c'est la vengeance des « marginalisés » et des « laissés pour compte » contre celui qui s'est appro­prié pendant plusieurs décennies, de leurs conditions sociales et de leur mal être. Je souhaite beau­coup de courage au nouveau Chef de l'Etat, confortablement élu et titulaire d'une lettre de mission très exigeante. La réussite de sa mission se mesurera sur le terrain de la lutte contre la pauvreté,  l'enrichisse­ment sans cause et la réduction des illégalités sociales. Mais son indé­pen­dance vis-à-vis de ses « généreux bienfaiteurs » en est la condition sinon le préalable.

C'est au Président Boni YAYI qu'il revient, par son bilan, de justifier que ces soutiens n'ont pas cyniquement utilisé le désarroi du peuple et subtiliser à Mathieu Kérékou la demande sociale des marginalisés qui fut jadis son fond de commerce politique. C'est toujours au Président YAYI et à lui seul de porter le démenti à tous ceux qui ont dénoncé une manipulation politique des vieux marchands de rêves et des habitués de slogans incantatoires sans inciden­ce sur la vie des béninois. Il reviendra enfin au Président de la République, décidément lui, de donner tort à ceux de nos compatriotes qui ont prévenu, de bonne ou de mauvaise foi, contre l'illusion de la technocratie messianique.

C'est donc à ces conditions que le nouveau prince ralliera à sa cause tous ceux qui ont parié que le piège de la pègre s'est refermé sur lui au deuxième tour et que les griffes de la mafia ne tarderont pas à atteindre la périphérie et, peut être plus tard, le cœur de son pouvoir.

 

Fidèlement.

 

Frédéric Joël AIVO

 

Conseil en Gouvernance et

Management des Politiques publiques

Chargé d'Enseignement de Droit public

et de Science Politique. Université Lyon 3

 


10/04/2006
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