"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Energie pour pays émergent

La crise énergétique au Bénin

Chère Dida,

Avant de devenir un pays émergent, le Bénin doit d'abord assurer son indépendance énergétique. Ceci est une condition nécessaire mais pas suffisante au même titre que l'autosuffisance alimentaire.
La crise énergétique actuelle qui paralyse les activités économiques et l'administration publique béninoise, est révélatrice du chemin restant à parcourir.
Dans cette correspondance, j'expose les causes du mal, dénonce l'absurdité des mesures conjoncturelles et pointe du doigt, l'absence de Politique Energétique du Bénin à horizon 2050.

L'inéluctabilité de la crise énergétique au Bénin, s'inscrit dans les fondements même de sa politique énergétique, laquelle remonte à l'époque de l'indépendance. Cette politique d'un autre temps, repose sur l'approvisionnement en électricité à l'étranger, plutôt que sa production au niveau national.
Ce choix incompréhensible, s'agissant d'un domaine aussi sensible que stratégique, est révélateur de l'incurie des gouvernements successifs. Le drame depuis toujours, vient des mesures de nature conjoncturelle, face à un problème structurel et grave.

En effet, la crise énergétique récurrente que connaît le Bénin depuis vingt ans, est de nature structurelle. Elle provient de deux facteurs non maîtrisables : la pluviométrie et la démographie.

D'abord la pluviométrie. Elle intervient comme principale variable, dans le mode de production d'électricité du premier fournisseur du Bénin, la Volta Regional Authority, une entreprise publique ghanéenne.
Et pour cause : l'électricité produite, est de l'hydroélectricité, obtenue à partir des barrages hydrauliques et par conséquent, fortement tributaire du niveau des cours d'eau.

Ensuite la démographie. L'accroissement de la population ghanéenne et l'expansion économique que connaît ce pays, entraînent de facto, une extraordinaire hausse de ses besoins énergétiques.
Dans ce contexte, et confronté par ailleurs à une baisse de sa production d'électricité pour des raisons climatiques, le Ghana se voit contraint à un épineux arbitrage dont le Bénin est la victime collatérale.

Dans ces conditions, la Communauté Electrique du Bénin (CEB), l'entreprise publique bénino-togolaise qui importe l'électricité du Ghana pour approvisionner le Bénin et le Togo, choisit deux options.
La première, diversifier ses sources d'approvisionnement, mais sans grand succès du côté de la Côte d'Ivoire. La seconde, améliorer ses capacités de production, mais hélas, sans moyen de financement.

En effet, dès le départ, les Etats du Bénin et du Togo, actionnaires et clients de la CEB, organisent son endettement à travers une politique défiant le bon sens. Et pour cause : ils imposent à l'entreprise ses prix de vente sans considération aucune de ses prix d'achat.
Résultat, la CEB leur vend l'électricité à perte ! Le corollaire, est son endettement record (32 milliards de francs CFA) et son incapacité à financer les investissements destinés à accroître sa production, donc l'offre d'énergie électrique.

Car, c'est bien d'une crise d'offre à laquelle nous sommes confrontés. Et il faut y répondre par le développement et l'augmentation de la production d'électricité au niveau national.
Mais voilà, en lieu et place de cela, nous assistons à une politique visant à pérenniser l'importation d'électricité, donc la dépendance du Bénin ! Avant c'était échec, maintenant c'est échec et mat, puisqu'en dépit des livraisons en provenance du Nigeria, la crise énergétique n'a jamais été aussi sévère. Son coût économique aussi.

En effet, le Togo estime à 80 milliards de francs CFA, la perte induite par la crise énergétique sur son économie. A titre indicatif, cela représente environ 8% de sa richesse nationale. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Bénin doit également être touché dans les mêmes proportions.

L'heure est grave. Mais cela ne fait que vingt ans que ça dure. Et nous risquons d'en prendre encore pour au moins vingt ans, si nous continuons avec la logique absurde et irresponsable d'importation de l'énergie électrique.
Les projets d'interconnexion électrique en cours, intéressent le Bénin, que si et seulement s'ils lui permettent d'exporter demain son électricité. Car en réalité, la seule alternative qui s'offre au Bénin, est qu'il devienne exportateur d'électricité grâce à une politique énergétique ambitieuse. Comment y parvenir et avec quel financement ? Rendez-vous vendredi prochain.
D'ici là, portes-toi bien.

 

Par Edgard VODOUHE
Professeur de Finance, Université Paris 12
Spécialiste de la Gestion alternative
Risk Manager, Luxembourg
in option info



09/05/2008
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