Lettre à Pancrace
07 juin 2008
sur la Mort Légale de l’OPM, et le Curieux Jonglage du
Médiateur Putatif.
Mon cher
Pancrace,
Dans ta dernière lettre, tu montres l’intérêt que tu as toujours
manifesté à la légalité des actes de nos gouvernants. Dans cet esprit, tu me
demandes s’il ne serait pas pertinent de jeter les bases d’une étude des
saisines de
Dans cet ordre d'idées, j’ai pris contact avec le Docteur A.
qui, comme tu le sais, s’y connaît en matière de droit politique, puisque
c’est son métier. Le Docteur A. a fait état de l’existence d’un cédérom des
saisines et décisions de
L’autre question que tu me poses, mon cher Pancrace concerne aussi
la légalité des actes de nos gouvernants puisqu’elle touche à un fait
d’actualité en la matière, à savoir la décision de
Toutes ces questions ne manquent pas de pertinence, mais en même
temps, permets-moi, cher ami de te dire qu’elles ne sont pas décisives dans le
débat ouvert par la décision de
1/ Le recours à un décret viole les articles 114 et 117 de
2/ La création d’une nouvelle administration, en l’occurrence une
structure administrative autonome, relève de la compétence exclusive du
législateur ; il est illégal, comme l’édictent des articles des deux décrets,
que : 1. l’organe Présidentiel de médiation dispose d’un budget alimenté par le
budget national et par tous autres apports extérieurs ; 2. jouisse d’une
autonomie de gestion ; 3. bien que déclaré «placé sous l’autorité directe du
Chef de l’Etat», soit dans son organisation, son fonctionnement et ses
attributions, une administration autonome.
Pour ne rien te cacher, cher ami, il n’y a pas d’autre mot pour
désigner ce décret-bis que le mot « Décret de Secours ». Et cela correspond
bien à la situation embarrassée dans laquelle s’est placé l’exécutif au regard
de la loi. Dans le vocabulaire des catastrophes et accident, le mot secours a
une place de choix. Bien sûr il y a le secours que l’on porte en situation aux
victimes lors de la survenue d’un accident plus ou moins grave. Mais d’une
manière formelle et loin du théâtre des accidents, dans le monde hautement
industrialisé où nous côtoyons le danger au quotidien, la notion de secours est
un paramètre intégré à la vie de tous les jours, et y a sa place. Cette place
qui est d’une importance capitale, fait l’objet d’une reconnaissance légale.
Ainsi dans le domaine des transports, (bus, train, bateau, avion, etc.) de
l’industrie, ou de la construction de toute infrastructure à usage public,
pont, monument, place, édifice, ou salle de réunion ou de spectacle,
l’indication « Sortie de Secours » est depuis bien longtemps une indication légale
obligatoire, à l’affichage ostensible de laquelle sont tenus constructeurs,
gestionnaires et responsables de ces lieux. Mais en ce qui concerne l’OPM, il
s’agit d’une Décret de secours qui, contrairement aux sorties de secours
classiques n’a jusqu’ici jamais fait l’objet d’un affichage. Au contraire son
existence, s’il était avérée, a été tenue secrète !
Dès lors, la montée au créneau de Monsieur Tévoédjrè s’apparente à
un tour de passe-passe. Les médias ont toujours fait passer l’homme pour un
renard, mais un renard ne se serait pas abaissé à un tour de passe-passe aussi
stupide. Il s’agit bel et bien du geste pathétique d’un illusionniste acculé
par la réalité. Un homme qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre les
chants du cygne d’une institution qu’il a manipulé le chef de l’Etat à lui
confectionner sur mesure et pour sa statue du Commandeur. Création fantaisiste
qui s’avère une de ces manières autoritaires de se rapporter à la loi
incompatibles avec une vie démocratique saine.
Enfin, ta dernière salve de questions met le doigt sur l’affolement
du Médiateur illusionniste. Tu demandes : Pourquoi Monsieur Albert Tévoédjrè
intervient-il alors que la décision de
A mon avis, en dépit des pantomimes de Monsieur Albert Tévoédjrè,
et des tours de passe-passe qu’il déploie, il va sans dire que l’Organe
Présidentiel de Médiation, dans sa version actuelle en tout cas, est frappé
d’un arrêt létal. Le bon sens démocratique recommanderait de prendre acte de
cette mort légale. De ce point de vue, les déclarations du sieur Tévoédjrè sont
dérisoires et sans valeur légale. Il appartient au chef de l’Etat lui-même de
se prononcer et d’agir conformément à la loi pour faire en sorte qu’un autre
Organe soit créé. Car, à condition d’en recadrer les attributions et les
moyens, à conditions de l’étayer par une loi, l’OPM, comme son existence dans
d’autres pays d’Afrique nous le montre, est un organe qui a son utilité et
mérite d’être encouragé. Au chef de l’Etat de reprendre sa copie en toute
sérénité eu égard à la décision de
Mais dores et déjà, mon cher Pancrace, je peux dire que le slogan «
L’amitié est bien, Vive l’amitié ! » ne souffre de ma part d’aucune réserve et
j’ose l’espérer ni de la tienne.
Et, dans l’espoir que mes réponses parfois élusives n’ont pas fait
qu’effleurer la substantifique moelle de tes préoccupations, je te prie
d'accepter mes remerciements les plus sincères pour l'infinie confiance que tu
places en mon aptitude à les partager.
Amicalement,
Binason Avèkes
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