"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Bénin :

 Trop de silence menace la démocratie

Par Fernand Nouwligbèto et Christian Roko

Date de parution : mercredi 11 juin 2008.

COTONOU, 11 juin (Infosplusgabon)

Bon nombre de Béninois déplorent l’apathie actuelle de la société civile, plus active, selon eux, sous l’ex-chef d’État Mathieu Kérékou. L’enjeu, pour eux, reste la sauvegarde de la démocratie menacée par ce que d’aucuns qualifient de "dérives" du régime du président Yayi Boni qui serait un bon gestionnaire, mais un mauvais défenseur des acquis démocratiques. "Médias contractualisés" : l’expression est béninoise. Elle désigne la plupart des 38 quotidiens, 73 radios et 5 chaînes de télévision privés, qui se sont engagés depuis un à deux ans à relayer, contre rémunération, les actions du gouvernement à l’instar des médias publics, en particulier la télévision nationale. Certains médias privés sont ainsi devenus moins critiques depuis qu’ils se sont ainsi liés au gouvernement par des contrats de communication qui leur assurent chaque année plusieurs millions de francs CFA.

Il s’en suit une communication progouvernementale tous azimuts au détriment d’informations objectives et variées. "La censure et l’auto-censure sont de règle", reconnaissent, sous anonymat, plusieurs journalistes. Ils font allusion aux cas de violation de la liberté d’expression dont les plus récents sont les évictions des rédactions de service public de journalistes jugés critiques à l’égard du gouvernement.

Mais les médias ne sont pas seuls en cause. Si certaines Organisations de la société civile (OSC) continuent de parler de paix et de bonne gouvernance aux Béninois, la plupart d’entre elles, à l’image des associations de consommateurs, ont perdu de la verve critique qu’elles avaient sous le régime de Mathieu Kérékou, l’ex-chef d’État.

Même attitude chez des universitaires qui, "dans l’attente d’une nomination, s’abstiennent de critiquer le pouvoir actuel", révèle, sous anonymat, un professeur de droit. Malgré un bilan économique positif après deux premières années de gestion du président Yayi Boni, investi en avril 2006, "des menaces pèsent sur les acquis démocratiques.

L’exécutif veut contrôler tous les autres pouvoirs [législatif, judiciaire, Ndlr] et cette volonté peut être source de toutes les dérives", relève Joseph Djogbénou, de l’Ong Droits de l’homme, paix et développement, une des rares OSC encore actives. Pour parvenir à ses fins, le pouvoir placerait des fidèles à la tête des différentes institutions du pays.

Dérives et mutisme
À l’annonce des résultats définitifs des élections locales d’avril dernier, résultats parfois contraires aux résultats provisoires obtenus au soir du scrutin dans certains arrondissements, des militants des partis politiques, dont l’alliance Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), proche du chef de l’État, avaient manifesté leur colère de voir triompher leur adversaire en érigeant des barrages sur les routes et en exhibant des armes blanches.

Actuellement, ils utilisent les mêmes méthodes pour interdire l’élection des maires dans une vingtaine de communes sur les 77 du pays.

Quelques jours plus tôt, alors que la Commission électorale nationale autonome (Cena) procédait au décompte des voix, des structures proches du gouvernement avaient fait publier dans les médias des tendances qui donnaient vainqueur la FCBE. "C’est un précédent grave, car seule la Cena est habilitée à donner ces résultats !", s’offusque le professeur de droit cité plus haut.

Ces événements suscitent cependant peu de réactions aussi bien des partis que de la plupart des forces apolitiques (Ong, médias, intellectuels, syndicats...).

Avant avril 2006, les OSC telles que Elan, Transparency-International (T.I.) Bénin, la Ligue pour la défense du consommateur, etc. étaient pourtant très présentes dans l’animation du débat public.

Elles dénonçaient des cas de corruption, luttaient contre les tentatives de révision opportuniste de la Constitution, militaient pour la bonne organisation de la présidentielle de 2006... Cela avait contribué à assurer l’alternance pacifique au pouvoir, à garantir la liberté d’opinion et à forger une opinion publique crédible.

"Il est temps de parler"
"Les OSC ont été prises de court par l’actuel régime qui a récupéré leurs thèmes, dont la lutte contre la corruption", constate le socio-anthropologue Denis Amoussou-Yéyé.

De fait, dès son investiture, Yayi Boni a limogé des cadres corrompus sans que, toutefois, ces derniers ne fassent pour le moment l’objet de poursuites judiciaires. Il a réussi à augmenter les recettes fiscales de l’État et à recouvrer une bonne partie des créances publiques... "La croissance économique est passée de 3,5 % avant avril 2006 à 5 % maintenant", indique Pascal Koukpaki, ministre en charge du Développement.

L’un des signes visibles de cette bonne santé économique est le lancement de grands travaux publics : routes, hôtels, aéroports...

Sollicitées, des personnalités de la société civile, ont accepté des postes importants (ministre, secrétaire général du gouvernement, membres de l’Autorité transitoire de régulation des postes et télécommunications...).

"Si les OSC semblent moins actives, c’est aussi parce qu’elles ont peu de moyens financiers, explique Joël Atayi-Guèdégbé de l’Ong Nouvelle éthique. En outre, les enjeux démocratiques avant avril 2006 étaient plus importants qu’aujourd’hui, ce qui justifiait un plus grand engagement de notre part." Mais pour Rufin Godjo, animateur de l’Ong Centre Africa Obotha, "il est temps pour la société civile de parler sans quoi nous irons dans le mur".

FIN/IPG/BBV/2008

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12/06/2008
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