"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Ce jeudi 26 Juillet 2007

Les nouveaux talibans

 Nous avons élu un Chef d'Etat, mais certains de ses collaborateurs désirent un Mollah. Et depuis, à la place du prince s'érige jour après jours un mollah. Et comme un mollah ne s'entou­re que de talibans, ceux-ci semblent également vouloir prendre leur place autour du Chef. Comme des talibans, des conseillers du Chef, ont d'abord tourné le dos à leurs charges républi­caines. Contre les efforts du Chef d'incarner la fonction et surtout de polir son discours, ces aviseurs ont fini d'établir dans l'opinion et dans la conscience de leurs compatriotes, la réputa­tion sulfureuse « de conseillers pirates ». Oui de « conseillers pirates » habitués aux men­son­ges et à la manipulation d'informations calomnieuses et tendancieuses. Ils sont prêts à tout y compris à mettre le feu pour sauver la maison. Quelle drôle de conception que de vouloir sauver une maison en y mettant le feu. En observant certains conseillers du prince, il n'est donc pas exagéré de parler de Kamikazes. Comme de vrais Kamikazes, ces aviseurs du Chef portent à la hanche des ceintures chargées d'explosif et, dans leurs poches, des grenades.

Mais à la différence des vendeurs de la mort, qui pour les autres sèment potentiellement la terreur et pour eux-mêmes génèrent la mort, les conseillers du prince dont nous parlons soumettent la liberté et la démocratie à rude épreuve. Déjà, contre l'évidence, ils soutien­nent ce qui n'est pas. Mais le nouveau trait marquant des nouveaux talibans est la tentation totalitaire qui nie aux autres, le droit à la différence et surtout le droit de penser autre chose que ce qui est marqué du sceau officiel du « changement ».

Ceux qui s'écartent de la ligne des idéologues du Prince sont officiellement voués aux gémonies du régime. Ils subissent la foudre du tonnerre. Ce tonnerre est nommé Citadelle. Comme une citadelle imprenable, ce tonnerre qui braille et qui s'ébranle contre les « méchants indisciplinés », est logé dans le Palais le plus officiel de la République. Comme une Citadelle im­prenable, ce tonnerre attaque et foudroie sans élégance, ni pitié, encore moins avec respect. Il est pourtant nourri par le sang de la collectivité. Il est financé par le contribuable. Son person­nel est payé par le peuple y compris par l'effort de ceux qui incarnent leur obsession, symboli­sent leur peur, représentent leur cible pour finir par être leurs victimes expiatoires. Comme une Citadelle imprenable, le nouveau tonnerre qui promet la mort à ses adversaires est, en fait, un bébé né avec des dents, prêt à mordre innocents ou coupables – de quoi d'ailleurs –, enfants, jeunes ou vieillards insoumis à l'idéologie officielle et renonçant à rentrer dans les rangs.

En réalité est-il possible de loger au Palais, c'est-à-dire dans les entrailles de la Républi­que, un papier torchon qui portent la haine et le fiel d'un bébé illuminé et innocemment kami­kaze ? Est-il normal de laisser prospérer, avec le soutien le plus officiel, une presse digne des mille collines ? La presse présidentielle peut-elle facilement calomnier sans preuve des adver­saires politiques ? Peut-elle désigner à la vindicte populaire des partenaires économiques comme de véreux étrangers s'enrichissant sur le dos du peuple et au détriment du pays ? Fut-elle imprenable, la Citadelle peut-elle, comme elle l'a fait le lundi 23 juillet 2007, sans aucune prudence, sans aucune preuve et surtout dans les règles de l'art de la délation soviétique, déblatérer sur un officiel ? A-t-elle le droit de s'en pren­dre à sa personne, à son parti, et surtout à son honorabilité ?  

Si la réponse est oui, alors nous consentons avoir changé de régime. Si la réponse est oui, nous aurions laissé des totalitaires, au nom de leur foi et de leur conception du service des autres, caresser pour mieux étouffer notre démocratie. Si la réponse est enfin oui, nous aurions ouvert, au sein de la démocratie, une plaie qui peut infecter l'ensemble de l'organe et compro­mettre sa survie. La diatribe à laquelle le « bébé changeur » s'est livré le lundi dernier est en effet une des nombreuses gouttes qui pourraient faire déborder un jour le vase.

Chaque jour que Dieu fait, le « bébé changeur » prend l'habitude des pratiques de la police politique et d'apprenti sorcier. Chaque jour qui s'égrène des cinq ans du bail du prince, le « bébé changeur » développe, avec une aisance nauséabonde, des méthodes dignes de celles de la gestapo et plus près de nous, du tristement célèbre « petit palais ». Chaque jour qui passe, ses crocs sont encore plus aiguisés, mieux limés contre tout contradicteur. Les hommes politi­ques, particulièrement les plus « indomptables », sont calomniés et vilipendés. Ils sont présentés comme des aigris ayant quémandé des postes. Les syndicats ne sont pas ménagés. Ils y sont passés. Quant aux simples citoyens qui grognent sur les émissions interactives, ils n'ont pas été non plus épargnés. Quand ils soutiennent le gouvernement, ils sont patriotes et bien inspirés, mais quand ils sont réservés et peu emballés par les actions du Chef, ils sont manipulés et payés par de véreux politiciens en mal de popularité. La Cita­delle, qui n'est guère imprenable, ne saurait être « la voix de la révolution », comme elle ne saurait non plus être un poids lourd lancé à vive allure contre l'édifice démocratique construit au prix du sacrifice et du sang des Béninois.

Que diantre avons-nous fait pour mériter d'assister à un théâtre auquel notre peuple a renoncé ! Que diantre avons-nous fait pour voir ressurgir, dans le silence le plus officiel, des pratiques d'une époque révolue et des méthodes d'un totalitarisme obscur !

Cette facilité des « conseillers pirates » du Prince à se retourner immédiatement et systématique­ment contre ceux qui pensent le contraire de leurs opinions ou qui ne partagent pas leur lecture des faits est contraire à l'idée même du pluralisme politique qui a toujours soutenu l'exception démocratique béninoise. Cette attitude est d'autant inquiétante qu'elle est sans mesure, irré­fléchie et bête. Et en tant que telle, elle abâtardit ses concepteurs et les ramène à l'intolérance et à la violence politiques dont les Talibans firent férocement et inintelligemment preuve en Afghanistan.

C'est pourquoi l'attitude des « conseillers pirates », logés et tapis dans les institutions répu­blicaines, nous rappelle la violence des gourous du PRPB ou l'ingénierie cynique des so­viéti­ques ou encore, la sauvagerie politique des Khmers rouges. Mais, dans tous les cas, idéologues  illuminés du PRPB, cyniques Soviétiques ou encore sauvages Khmers rouges souffraient de la même pathologie : le refus obstiné de la liberté de pensée et de parole. Ils partageaient aussi l'intolérance politique, inintelligence des situations et la violence contre leurs adversaires. Bref, la négation de l'autre.

En somme, au-delà d'avoir déjà confirmé d'être des « conseillers pirates », ceux qu'identifient désor­mais les Béninois, mériteraient d'être assimilés à des Talibans. Mais de lâches talibans cachés derrière des ordinateurs et un papier torchon pour lyncher ceux qu'ils sont incapables de com­battre loyalement et légalement. Quand on a pu manipuler, par le passé, toujours caché derrière un ordinateur, des photographies de cadavre, comment n'est-il pas possible de déconstruire un édifice ou de briser une vitrine par l'ignorance, l'intolérance, en un mot, par une sauvagerie politique naissante !

Monsieur le Président de la République, pour la démocratie, vite, arrêtez-les.

C'est ma conviction profonde.

Frédéric Joël AIVO



25/07/2007
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