"LE BLOG DU Pr JOËL AÏVO"

Vive la démocratie,


 et donc que vive le …
« complot »


 

Par Frédéric Joël AIVO

www.joelaivo.info

 

Je pense que se réfugier derrière l'action supposée des autres pour expliquer ses propres insuffisances et surtout les conséquences d'une politique approximative et peu méthodique est assimilable à la politique de l'Autruche. On ne peut longtemps se cacher derrière son petit doigt, les gens finiront par vous voir. On ne peut non plus conduire un peuple à coup d'effets d'annonce, d'incantations et de promesses. Michel Rocard ne disait-il pas que « qui sème la démagogie récolte la colère du peuple » ? Analysant les nombreuses crises maladroitement ouvertes par le Chef de l'Etat lui-même, je pense sincèrement, contrairement à ce que pensent beaucoup, que notre pays est rentré dans une phase de normalisation politique et sociale. Les choses fonctionnaient trop anormalement depuis avril 2006.  

 

Je soutiens que le supposé complot politique monté contre le Gouverne­ment par la classe politique et les syndicalistes est la conséquence de la banalisation de la parole de l'Etat. C'est le fruit de promesses faites mais non respectées. Pro­messes aux enseignants, promesses faites aux partis de sa majorité, mais toutes non tenues. C'est également la conséquence d'une série de provocations. Provocation des magistrats, provocation des douaniers, provo­cation récente des journalistes. Non content d'avoir muselé une certaine presse et contribué « efficacement » à son déclassement au plan international, voilà le Chef de l'Etat qui profère  ouvertement des menaces contre les journalistes. Quelle drôle de conception de la démocratie !

 

Je n'ose plus ajouter la provocation des partis politiques. D'aucuns diront que c'est de bonne guerre. N'empêche qu'il est établi que le régime actuel développe un mépris constant à l'égard des partis et de leurs chefs. Il est établi que le même Gouvernement travaille au moins à l'abêtissement des partis politiques, sinon à leur éclatement. Le régime FCBE veut affaiblir les grands partis politiques au profit de regroupements d'intérêt et circonstanciels. Un regroupement d'individus qui s'auto-proclament leaders d'un fief dont ils n'ont pas le contrôle, de courtisans subitement devenus des politiques et de micro-partis incapables de sortir par eux-mêmes le moindre Conseiller municipal encore moins un Député. Aujourd'hui, partis politiques de la majorité présidentielle, notamment le G13, mais encore des Députés FCBE, Centrales syndicales dénoncent tous la ruse du Gouvernement et la banalisation d'un Etat dont on veut pourtant renforcer l'autorité.

 

Au total, la situation politique tendue, la rébellion contre le Chef de l'Etat organi­sée et conduite par ses propres partisans, la baisse de sa popularité dans les grandes villes, la remise en cause de ses politiques jugées précipitées, peu mûries, peu efficaces, le « change­ment » qui n'emballe plus grand monde et « l'émergence du Bénin » qui est réduite au seul slogan, bref le doute qui a gagné les Béninois, sont la faute du seul Gouvernement. Y voir des « comploteurs » ou associer à cette série de maladresses et d'échecs des adversaires politi­ques, est cynique et machiavélique. Je dirai presque que c'est un acte de désespoir. Mais au fond, c'est une attitude des régimes suspects qui inventent des complots pour mieux ennuyer le peuple et attaquer des opposants.

 

Comment peut-on d'ailleurs associer à deux ans d'échec, deux ans de politique infructueuse, des acteurs politiques qui ont plutôt au contraire laissé faire ? Comment accuser « d'activisme comploteur », ceux qui par leur silence ont honnêtement cru laisser des coudées franches au Président YAYI ? Sur ce laisser-aller, les Béninois reprochent à la classe politique et particulièrement au PRD d'avoir trop laissé le Gouvernement piloter à vue le navire Bénin. Mais le Gouvernement soupçonne les partis politiques de complots et s'étonne de la réaction de ses propres partisans qui s'aperçoivent de la ruse et qui sont fatigués par des promesses systématiquement non tenues.

 

A mon avis, et je le crois vraiment, le complot que dénonce le Gouvernement est en effet le retour progressif du pluralisme démocratique. Les contestations qui donnent l'insom­nie à la Marina marquent en réalité le réveil des forces vives de notre pays. Il me semble qu'est en train de renaître devant nous, le Bénin démocra­tique, celui qui a jadis fait la fierté de notre pays. 

 

C'est pourquoi, je soutiens qu'avec le réveil des forces syndicales, de la presse, des partis politiques et même des citoyens, le Bénin retrouve progressivement les équilibres d'une vie politique classique. Une vie politique ordinaire faite de débats, de contradictions y compris de contestation des orientations d'un Chef d'Etat lorsque celles-ci relèvent systématiquement de la ruse, d'une logique de force et de passages en force.

 

Le Président Kérékou l'a vécu et géré sans crier au complot. Le Président Soglo aussi. Les deux ont expérimenté les pires difficultés de la fonction. Et avec les syndicats et avec les partis politiques. Ils les ont géré avec le sang froid d'un homme d'Etat, dans le dialogue, la concertation, sans menacer, sans user et abuser de l'arme du redressement fiscal ou celui des limogeages. Ils l'ont fait sans promettre la pauvreté et l'isolement aux régions et communes dont les fils sont en cause. Les Présidents Kérékou et Soglo ont donc géré ces crises inhérentes à toute vie politique démocratique surtout sans ouvrir la chasse aux sorcières et surtout sans décréter des fatwa contre X ou Y. Les Présidents Kérékou et Soglo les ont géré surtout sans alerter et sans recourir au haut commandement militaire. J'ai le sentiment que nous commençons à nous amuser avec les symboles de la République, et surtout à banaliser l'hymne nationale entonnée à tord et à travers.

 

Mon intime conviction est que, comme un père de famille, un Président de la République, Chef de l'Etat, Chef du Gouvernement, Chef suprême des Armées, père de la Nation, est là pour le meilleur, mais aussi et surtout pour le pire. Habitué au monolithisme laudateur de ses courtisans, le Gouvernement était installé depuis le 06 avril 2006 dans un confort privatif de la liberté de pensée et d'expression des Béninois. C'est ce qui justifie qu'il soit aujourd'hui irrité par le regain démocratique. Le retour du pluralisme politique et le développement de l'esprit critique des Béninois donne l'insomnie au Gouvernement qui ne semble plus avoir la maîtrise de la parole publique. Et donc irrité et agacé par la libération de la parole publique, coincé entre les feux nourris des centrales syndicales, des partis de sa majorité, confronté à une baisse continue de popularité, le Gouvernement perd ses nerfs, crie au complot politique et s'en prend aux journalistes. Quand la presse encense le Chef de l'Etat et loue les actions de son gouvernement, les journalistes sont « bien inspirés » et « bien formés ». Mais quand la même presse critique le manque de vision du Chef de l'Etat, l'approximation de son action et les menaces qu'il fait peser sur la démocratie, les mêmes journalistes sont « mal formés » et sont « manipulés » par des opposants qui n'aiment pas leur pays. Quelle drôle de conception de la démocratie !

 

L'unanimisme qui a succédé à l'élection du Président YAYI, je veux dire le calme plat politique antérieur, l'apologie du Président-Dieu, l'intolérance à l'égard de tout contradicteur, les louanges d'actions et de bilans imaginaires, les flatteries de plaisantins à la recherche de postes politiques ou encore les marches de soutien organisées par des vendeurs de papier rame et de produits d'entretien pour l'administration, étaient le résultat d'un bal masqué qui ne reflétait pas l'état d'esprit réel des Béninois à l'égard du Président YAYI.

 

Si les Béninois sont aujourd'hui devenus incrédules, dubitatifs et sceptiques sur les chances de succès du changement et de l'émergence proclamée du Bénin, c'est n'est pas la faute à ceux qui n'ont pas été élus. La baisse de popularité du Président YAYI, et la contestation généralisée qui s'ensuit, est d'abord et avant tout la contestation d'une méthode et d'un mode de gouvernement. La méthode contestée s'appelle la ruse et le mode de gouvernement auquel résistent les Béninois s'appelle la force et l'intimidation.

 

Les masques tombent et l'unanimisme abêtissant se meurt,

Vive la démocratie et donc que vive le ………............... « complot » !

 

C'est ma conviction profonde.



06/02/2008
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